Vanda – Marion Brunet

Vanda – Marion Brunet

Moi, j’étais resté à « L’été circulaire ». Ce que j’en disais :

« Elle raconte bien, drôlement bien.

Une écriture d’une puissance rare, croisée chez ces auteurs que j’aime d’amour littéraire, déconcertante parfois, parce que la poésie des mots cachée derrière l’analyse au scalpel des sentiments dits, et la moiteur de cet « été circulaire », dont, encore une fois, tu te souviendras longtemps…

Tu vas marcher juste au bord du vide, toi aussi, et tu vas avoir peur de tomber.

D’aucuns, sur l’ouaibe, ont dit que ce roman était un roman politique.

Politique…

Sans doute. »

Son nouveau roman, « Vanda », j’ai eu du mal y entrer. J’ai eu du mal à la croiser, Vanda. J’ai eu du mal à croiser Noé, son petit garçon.

On est plutôt assez loin du dernier été. Plutôt assez loin de ce style que je qualifiais « d’à l’os » ou « au scalpel », je sais plus.

Le cabanon, sur la plage, le boulot à l’hôpital psy, la drogue, l’alcool, la clope, les coups vite fait sur la plage devant le gosse, et rien d’autre. Je crois qu’écrire le social, comme disait Monsieur Manchette, en faire un polar, c’est pas aussi simple que ça.

Je crois que le roman précédent était juste parfait, que j’y ai trouvé tout ce que j’attends de ces romans que je croise parfois au détour d’une librairie.

Pas le cas ici.

Attention, je sais que l’intelligentsia blogo-critico-littéraire l’a encensé.

J’ai pas dû voir tout ce qu’il y avait à voir dedans.
Évidemment, le rapport hallucinant entre la mère et son fils, je l’ai vu. Je me demande d’ailleurs ce que ça va donner quand le petit garçon sera devenu grand, mais est-ce que la transformation en maman-louve justifie tout ?

Est-ce que la colère justifie tout ?

Ne pas avoir dit au père de Noé qu’il était père, justement, est-ce que ça justifie cette colère et le fameux « non (nom) du père » dont parlait Lacan et qui dans ce cas précis est voulu par la mère ?

J’en sais foutre rien, mais ce que je sais, c’est que j’ai pas vraiment adhéré au « nous-deux contre le reste du monde »…

D’aucuns disent que ce livre parle d’amour. De cet amour colossal entre une mère et son fils…

Ouais.

J’y ai surtout vu la douleur provoquée par le fait que l’enfant devient un objet qui appartient à la mère, et que le père voudrait à son tout se l’approprier.

Mais écrire ça, avec des dialogues à la limite du pathétique parce que « c’est du langage de la rue », celui qu’on entend au détour de chez soi…

Ouais.

Alors bien sûr, il y a la mer, l’autre, la bleue, le bruit des vagues, le froid qui te saisit quand tu fends les vagues en hiver, il y a le sable et sa capacité de huitième de millimètre à couler entre les doigts…

Ouais.

Alors bien sûr que ce roman est réaliste, bien sûr qu’il va te toucher au plus profond de ton empathie, bien sûr ou peut-être.

Est-ce que c’est suffisant pour en faire ce qu’en dit son éditeur, à savoir qu’elle « déploie tout son talent dans cette magnifique tragédie contemporaine qui mêle la violence sociale à la grâce d’une écriture sensible et poétique. Un poignant portrait de femme et de mère où l’intime rencontre la brutalité de notre société. »

Je suis pas sûr.

Je te résume ?

J’ai pas aimé « Vanda ».

J’ai pas aimé les saouleries, le corps offert à quelques pas de son fils de sept ans, le langage qu’elle emploie, qui vise juste à te rappeler qu’on est au sein du peuple d’en bas, celui qui s’en sort pas, qui vit dans un taudis (c’est pas moi qui le dis), j’ai pas aimé la violence qui entoure ce môme qui va avoir du mal à grandir et à aimer les filles…

Pourtant, d’habitude, je suis plutôt compatissant avec les mômes qui prennent des baffes. C’est un truc que je connais assez bien.

Mais pas là.

L’écriture qui aurait pu sauver ce texte…

Pareil. J’ai pas compris.

La langue des quartiers, d’accord, pour les dialogues. J’aurais pu comprendre. Mais tout le bouquin est écrit comme ça, ou presque.

C’est grave lourdingue au bout d’un moment.

Le résumé, c’est que j’attends d’une histoire qu’elle me touche. Que ses personnages existent et me fassent rire, sourire, parfois pleurer.

Pas une seconde d’empathie.

Alors on va te parler sur les blogs d’un roman politique, d’une voix rageuse et qui parle à la place de ceux qui peuvent pas s’exprimer…

Sans doute parce qu’ils ne savaient pas quoi dire.

J’attends le prochain de la dame, parce que je suis sûr qu’elle peut faire mieux, si elle n’écrit pas dans l’urgence. Ou alors je me goure.

Quant à moi, c’est tout ce que j’ai à dire sur ce bouquin.