Un silence brutal – Ron Rash

Un roman c’est une écriture ; on néglige parfois, emporté par le récit, de considérer que l’écriture est musique.

La question de démêler la part de l’écrivain et celle du traducteur à la lecture d’un texte saisissant de grâce chatouille toujours le lecteur. La mettre de côté est sans doute l’attitude la plus raisonnable. Donnons carte blanche aux éditeurs, voici ce que rapporte le site ActuaLitté :

« Marie Caroline Aubert (directrice de la Noire chez Gallimard) assure que cette collection porte une attention toute particulière à la traduction (« Le choix d’un bon traducteur est indispensable »).
Elle reprend en donnant l’exemple de la traduction de Ron Rash par Isabelle Reinharez.

Cet auteur avait « commencé par faire de la poésie, il me fallait quelqu’un qui épouse la sonorité et le rythme de ses phrases » explique-t-elle. Et c’est apparemment chose faite puisque, assure-t-elle, quand Ron Rash entend ses textes lus en français, « il les reconnaît » grâce à « »la musique du texte » restée fidèle à son travail. »
(On peut jeter un œil à « la petite mécanique de James Ellroy » et en particulier à la contribution de F. Michalsky.)

Un roman, c’est aussi une histoire, et sans doute qu’un grand roman est celui qui partant d’un récit circonscrit à quelques personnages fait exploser un cadre somme toute réduit pour propulser le lecteur dans quelque chose d’universel.
Quoi de plus essentiel, au sens propre, pour Rash, que la nature de l’imbrication de l’individu et de ce qui l’entoure.

« C’était si près d’eux s’ils avaient eu des yeux pour le voir ».

Voir par exemple que « trouant la canopée, des échasses de soleil arpentent le sol », et ressentir au plus profond ce que Giono écrivait (en exergue du bouquin) :

« C’est le printemps, disait Clara, ça va être le cœur du printemps.

– A quoi le sais-tu ?

Et Gina regardait les yeux morts toujours pareils à des feuilles de menthe.

– Ça sent, disait Clara, et puis ça parle. »
Le moteur du récit réside dans le fait que ce profond sentiment « Toute chose ici-bas fait une et même chose » est assez peu partagé et qu’en plus la démarcation est floue et changeante entre la recherche d’harmonie et la prédation.