Te laisser partir – Clare Mackintosh

Te laisser partir – Clare Mackintosh

Quand tu sors du Goncourt, et qu’en plus t’as pas été grave emballé, forcément, t’es prudent. Genre, tu décides de te plonger dans Steinbeck ou London, histoire de lire des vrais mots.

Et puis je me suis souvenu du post que j’ai vu passé il y a quelques jours. Me suis souvenu aussi que suite à ce post, j’étais allé chercher le livre dont il était question.

Alors voilà, comme dit le toubib que j’aime bien.

Le pitch, tu l’as au-dessus. Un môme est renversé par une bagnole. Il meurt. La bagnole s’arrête pas.

Deux morceaux dans le livre.

Une première partie tranquille, où t’es sûr d’avoir compris. Tout compris. La victime, le coupable, comment, quand et où. Les flics qui enquêtent, qui trouvent que dalle, et puis là, une première claque. Tu te dis que franchement, Clare, elle est forte.

Vraiment forte.

Elle t’a emmené juste où elle voulait, et t’y as vu que du brouillard, la mer, et les plages anglaises. Grave bien écrit, grave bien décrit. Des vrais mots qui te racontent une histoire, alors tu lis. Tu tournes les pages. Tu te dis « Allez, encore un chapitre… », et tu te régales.

Jusqu’aux dernières pages, où tu te dis « Putain ! Elle m’a baladé ! ».

T’es presque obligé de revenir en arrière pour vérifier qu’elle s’est pas gouré. Eh ben non. Elle s’est pas gouré. C’est toi qui y a vu que le bleu de la mer du Nord.

Rien que pour ça, c’est un vrai roman.

Rien que pour ça, tu peux déjà aller le chercher.

La deuxième partie, t’as un autre roman.

Genre deux Goncourt pour le prix d’un.

Je déconne.

Quoique.

Comme t’es échaudé, tu te dis d’entrée que cette fois, elle t’aura pas. Tu l’as pas vue venir dans la première partie, mais là, tu vas pas te laisser faire. Tu suis Jenna, t’es dans sa tête, et t’essayes de comprendre.

Pourquoi Jenna elle en est là ? Qu’est-ce qui fait que ces femmes en sont là ? Pourquoi elles réagissent pas ?

J’ai été bluffé.

Vraiment.

J’ai arrêté de respirer souvent.

La haine que tu éprouves est liée au fait que tu sais que ça existe dans la vraie vie.

Qu’il y a des types comme ça.

Que la peur qu’ils distillent au sein de leur couple est réelle et qu’elle construit une prison autour de celle qu’ils ont choisi comme victime.

Les chapitres liés à l’enquête te permettent de respirer un peu. Ray, il a des soucis perso, et comme ils ressemblent parfois furieusement aux tiens, tu te décontractes les cervicales.

Ça va plaire à Maud, ce bouquin. J’en suis sûr. Si elle a le temps de lire un peu.

Le cerveau des personnages est disséqué au scalpel, et en fait, il y a ce qui manque au précédent dont j’ai parlé (le Goncourt, respect…).

Les fameuses deux cents pages de plus qui permettent à Clare de faire exister ses personnages.

De te les faire toucher, parfois, de les entendre respirer, souvent.

Tu sens le froid du vent, tu espères la chaleur du poêle, les paroles réconfortantes d’un ami.

Tu t’installes sur le canapé, avec Jenna, et tu lui dis « T’inquiète, ça va s’arranger… ».

La construction est parfaite. Tu te laisses emporter au bout de l’histoire, et tu regrettes de tourner la dernière page.

Mais je dois t’avouer un truc.

Comme je suis un lecteur, et que des romans, j’en ai lu plusieurs, j’ai vu arriver la fin au début de la deuxième partie.

Parce que c’est ce que j’aurais écrit.

En revanche, à aucun moment ça n’a perturbé le plaisir de ma lecture. Au contraire ! J’ai adoré le temps passé avec Clare et ses personnages.

Très belle écriture, des dialogues au cordeau, qu’est-ce que tu veux que je te dise de plus ?

Ah oui. C’est son premier roman…

Bonjour le niveau.

Va le chercher…