Starlight – Richard Wagamese

Une merveille d’émotion !

Starlight – Richard Wagamese

ZOE – Écrits d’ailleurs

Si t’as oublié ce que je disais de Richard Wagamese, que ce soit « Jeu blanc » ou « Les étoiles s’éteignent à l’aube », retourne voir sur le blog. Je suis très rarement dithyrambique avec les bouquins qui me passent entre les mains. Très rarement.

Ceci posé sur la feuille, ça m’arrive quand même. Si j’aime, je le dis aussi.

Pas de pitch, donc, tu le sais, et tu sais aussi que d’autres s’en chargent pour moi.

Juste te dire que tu vas retrouver Franklin Starlight dans ce roman. Il a grandi depuis que les étoiles de son père se sont éteintes. Il a grandi, mais il a toujours tendance à préférer les arbres aux hommes… Et je le comprends la plupart du temps que je passe au milieu des gens. Il vit avec son pote, et ça, c’est bien. C’est son meilleur ami, et je pense qu’on devrait toujours vivre avec son meilleur ami. Pas de disputes, pas de prises de tête, et on se dit les choses, parce que les amis peuvent tout se dire…

Mais toi, me fais pas dire ce que j’ai pas dit.

La nature, omniprésente, dans ce roman comme dans « Les étoiles s’éteignent à l’aube », et les racines des arbres plantées dans l’âme du peuple qui l’a vu naître. Richard Wagamese était un Ojibwé. Il a sans doute plus fait pour la reconnaissance de cette nation indienne que la plupart des Canadiens… La nature, donc, comme un des personnages principaux de ce texte croisé comme une émotion rarement rencontrée au détour de mes lectures.

Tu vas croiser Emmy. La femme. Celle qui pourrait changer la vie de Starlight s’il la regardait avec les yeux qu’ont la plupart des hommes quand ils les posent sur les femmes…

Et puis Winnie, sa fille.

Tu vas croiser des loups aussi. Des loups que Franklin prend en photo, et qui finiront accrochés sur les murs d’une galerie à Vancouver. Les photos, pas les loups. Parce que les photos de Starlight sont si proches de l’animal que tu peux sentir son odeur, entendre sa respiration. Tu as déjà vu des photos comme celles-ci ? Et surtout, tu as souvent lu un roman qui te permettait de voir les images ?

Voilà.

Comment bousculer un rythme ancré dans le temps, un rythme lent et immuable, en y introduisant des personnages qui arrivent tout droit de la ville… la ville et ses pièges.

Si tu as jeté un regard circonspect sur la dernière chronique, tu as pu lire qu’il me manquait le bruit de la roue qui s’arrache du sol dans un des derniers bouquins que j’ai reposés.

Pas là.

Tu vas entendre les loups respirer, les feuilles craquer. La vie.

Un texte immense.

Une écriture magnifique de fluidité, de prudence dans les descriptions, et de poésie tout au long de chacune des pages.

Je t’ai pas dit, mais c’est le dernier roman de Richard Wagamese. Ça veut dire qu’il n’en écrira plus jamais d’autres, qu’il a choisi d’aller courir dans les plaines immenses de son pays, comme il était avant l’arrivée des blancs qui ont foutu un grave bordel avec leur pétrole et les trucs qu’ils pensent indispensables…

Autant, parfois, à l’annonce de la disparition de quelqu’un que j’ai pas connu pour de vrai, je reprends deux fois des pâtes.

Là, j’ai pas pu. Comme un manque dans cette littérature américaine qui ne sera pas remplacé.

Comment veux-tu remplacer le plein par du vide…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.