Sinestra – Armelle Carbonel

Sinestra – Armelle Carbonel

Éditions Ring

Les éditions Ring, tu connais, sans doute.

Moi aussi.

Le souvenir d’un très grand roman noir de Mattias Köping, pour lequel je disais :

Chacun des mots est sans doute pesé avant d’être déposé sur la page. Parce que tu peux pas te rater quand t’écris sur cette violence là. Tu peux pas remplacer un mal par un autre, quand t’es le témoin.

Juste le témoin.

Tu vas être bousculé. Grave bousculé.

Parce que tu vas te rendre compte que c’est nous, finalement, qui laissons faire.

C’est nous qui autorisons cette violence.

Et ça commence quand tu laisses ton môme, rire avec ses potes, et dire les mots.

Ceux que tu devrais interdire.

«Joyeux anniversaire, salope ! »

La chronique de Köping, elle est là :

Ceci posé, M’sieur Ring, il a commis des trucs, dont je suis pas fan. Il a surtout laissé causer des types dont l’humour a tendance à m’échapper… Je te fais pas de dessins, mais j’me comprends !

Je m’énerve pas, Ghislaine, j’explique.

Armelle Carbonel, je l’ai pas lu. Jamais.

J’ai vu passer un morceau d’écriture, une fois, et j’ai demandé à Madame Ring (c’est la copine du premier) de m’envoyer deux romans. Le dernier de Mattias Köping, que j’ai pas encore lu, et celui de Mamzelle Carbonel.

J’ai commencé par celui-ci.

Le pitch, que je vais pas te faire, comme d’habitude.

Le roman s’inscrit pendant la seconde guerre du monde. Celle qui a fait des expériences sur les gens. Ces expériences dont on comprend toujours pas aujourd’hui comment des mecs ont pu dire « d’accord, j’essaye… »

Alors dans cette histoire, tu sais que la guerre est là, pas loin, mais tu la vois pas. Tu sais juste que la peur des gens est là aussi. Et la peur, parfois, elle fait du bruit. Surtout quand ceux qui ont peur, ce sont des mômes. Juste des mômes.

Et puis il y a le Val Sinestra. C’est comme un château des temps anciens, mais sans les princesses qui roupillent depuis une paire d’années. Les mômes qui trouvent « refuge » dans ce château, ils sont malades, plus ou moins. Pas que des rhumes. Des pathologies plus graves que ça et surtout pas vraiment faciles à guérir…

Dans le château, il y a un toubib. Un genre. Pas celui que tu vois et qui te fait tes ordonnances. Un autre. Un de ceux qui ont validé ces trucs immondes sur les gens quand la guerre du monde le justifiait…

Tu savais pas que les guerres, ça justifiait tout ?

Il y a des méchants, ceux dont tu espères qu’ils vont se faire casser la gueule à chacune des pages, et puis il y a des gentils.

Et puis il y a la forêt.

Et puis il y a le Val Sinestra. Le Val Sinestra et toutes les émotions qui surnagent le long de ses couloirs et qui fabriquent des bruits et des tableaux qui bougent.

Voilà. T’as le pitch.

Comment Armelle Carbonel réussit à fabriquer cette ambiance qui te fait te retourner à chaque bruit dans ton appart, je sais pas, mais elle m’a fait sursauter quelques fois. C’est pas mon chat qui m’a fait sursauter, j’ai pas de chat. C’est autre chose.

Des mots posés sur les pages qui distillent tranquillement les frôlements sur tes bras, les courants d’air entre tes portes, et les images qui s’imposent devant les photos de chatons que tu croises sur le réseau de la société d’aujourd’hui.

L’écriture est parfaite. Certains passages m’ont rappelé Villon et ses pendus et c’est un sacré compliment, parce que c’est la poésie que j’aime d’amour, mais que certains profs de français s’obstinent à vouloir expliquer alors qu’il suffit d’écouter la musique de Villon pour entendre le bruit des corbeaux posés sur les branches, pour les voir caver les yeux de ceux qui se balancent en attendant le jugement du Saigneur qui sur tous a maistrie.

Cette poésie là.

Armelle Carbonel va faire chanter chacun des personnages que tu vas croiser dans ce roman. Et chacun aura sa propre voix.

Tu vas tenter, comme Ana, de suivre les murs en les frôlant de tes doigts, et tu auras peur, toi aussi, de ce que tu ne peux pas voir.

Sans doute que la liberté de ton donnée par Ring à ses auteurs permet cette écriture là.

Sans doute.

Sans doute aussi qu’Armelle Carbonel compte aujourd’hui parmi les gens qui racontent des histoires avec des vrais mots, sans faire les malins comme certains, et surtout sans cette espèce d’énorme ego surdimensionné dont ceux que j’aime pas font preuve.

Elle a pas besoin de faire la maligne.

Elle écrit juste bien.

Et ça suffit.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.