Seules les bêtes – Colin Niel

Rouergue Noir

T’as lu peut-être les romans guyanais de Colin Niel. Pas moi. Jamais ouvert un seul de ses livres avant. J’aime pas les trilogies et les trucs à rallonge, ça me gonfle de devoir acheter des suites. Alors là, je me suis dit que c’était l’occase. En plus, le Massif Central, je connais un peu. Les arbres, la neige, ça me parle…

Encore un « roman rural noir » tu vas me dire. Ouais. Et un bon. J’ai rencontré ça avec « Grossir le ciel » de M’sieur Bouysse il y a quelque temps, et avec des Américains. Rarement avec un gars de chez nous.

Ça veut dire que j’ai aimé ? Ben ouais. Grave.

Le pitch : Une nana disparaît sur le plateau des Causses. Elle s’appelle Évelyne, mais on s’en tape. Elle aurait pu s’appeler Ghislaine, c’était pareil. C’est une bourgeoise, un peu trop belle, un peu trop riche, un peu trop tout, et dont tu te demandes, quand tu la croises dans ce village perdu sur le Causse, ce qu’elle peut bien faire ici. Elle se fait chier, c’est sûr, alors peut-être qu’elle a fugué, ou peut-être qu’il lui est arrivé un truc grave. Comment savoir ?

Et puis tu vas écouter ceux qui te parlent. Ils sont cinq.

Celle qui se fait suer avec son mari qui pense qu’à ses bêtes, les bêtes qu’il a récupérées du père de sa femme, avec la ferme et la fille, un genre de paquet cadeau. Elle est assistante sociale, elle s’occupe des paysans. C’est pas simple. C’est des taiseux. Ils sont seuls, comme elle finalement. Elle s’appelle Alice.

Celui qui s’est pas vraiment remis de la mort de sa mère, qui vit avec ses bêtes, qui te raconte comment c’est difficile la solitude sur le Causse, et ce que tu peux finir par faire pour plus avoir à la supporter. Il s’appelle Joseph.

Celle qui croit que l’Amour ça existe pour de vrai, et qu’il faut juste attendre qu’il frappe à ta porte, et qu’à chaque fois que ça marche pas, c’est juste une vie, et que c’est pas grave, tu vas en vivre d’autres. Et qu’entre deux vies, t’es juste toute seule. Elle s’appelle Maribé.

Celui qui va t’expliquer que finalement la solitude, c’est chez les autres, ceux qui ont tout, alors que toi, t’as pas grand-chose. Que ce que tu as, c’est le rêve et que c’est déjà pas mal. Il s’appelle Armand.

Et puis celui qui va te donner la fin de l’histoire, que t’auras jamais vue venir. Il s’appelle Michel.

Voilà.

C’est un putain d’écrivain, et il te raconte une putain d’histoire. Chacun des narrateurs a son propre langage et tu finis par ne plus les lire. Juste tu les écoutes. C’est magique, et c’est rare, tellement rare qu’un écriveur t’emmène aussi loin dans la tête des gens…

Le sixième personnage, finalement, c’est le Causse. Sauf que lui, il te parle pas, il te montre. Il te fait marcher sur son plateau, respirer les odeurs de la nature, refermer ta veste parce qu’il fait froid, apercevoir des fantômes, ceux qui font des bruits bizarres les nuits où tu trouves pas le sommeil, les fantômes de ces regrets que t’as parfois quand tu regardes en arrière.

T’en as croisé, toi aussi, de ces gens qui vivent à travers leurs souvenirs, à travers leur jeunesse qui s’est barrée depuis un moment, à travers leurs frustrations et leurs regrets.

Tu vas croiser la folie aussi.

Pas celle du dictionnaire ou des hôpitaux psychiatriques, celle des gens ordinaires et qu’on sait pas comment nommer.

Tu vas lire des trucs sur le « roman choral ».

Des termes vachement pointus pour dire juste qu’il y a plusieurs chanteurs…

Pour moi, y en a qu’un.

C’est le mec qui a écrit ce roman.

3 thoughts on “Seules les bêtes – Colin Niel

  1. J’ai déjà lu du Colin Niel (version Guyane) et je pensais poursuivre la lecture guyanaise mais après une telle chronique et la référence à Grosssir le ciel (mon mètre étalon en terme de plaisir de lecture), je crois que je vais faire un p’tit tour vers Seules les bêtes. Tu donnes bien envie de vivre cette histoire. Merci.

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