Sauvage – Jamey Bradbury

Sauvage – Jamey Bradbury

Gallmeister

Tu connais, toi aussi, cette maison d’édition spécialisée dans les auteurs américains… Bien sûr que tu la connais.

Je t’en ai déjà parlé à travers mes chronications de romans qui m’ont très souvent ravi et très rarement désespéré.

Cette fois-ci, c’est la couverture qui m’a attiré l’œil. Pas l’image, parce que même si tu sais que j’y suis sensible, j’ai appris à mes dépens qu’il ne faut que rarement faire confiance à ce que t’offre l’éditeur, ou plutôt le concepteur ou la conceptrice de la couv. Cette fois-ci, donc, c’est le nom qui a accroché mon regard. Forcément. Bradbury, ça m’a parlé.

Mais Jamey n’a rien à voir avec Ray.

C’est ballot, mais ça fait rien.

Donc, Gallmeister continue de me proposer des romans d’auteurs parfois complètement inconnus, et j’aime bien ça.

Un roman de chasse, de nature, et de communion avec l’univers parfaitement maîtrisé, et quand je te dis que c’est maîtrisé, tu peux me croire, tu me connais. Je suis pas très dithyrambique comme garçon.

Le pitch, comme d’habitude, on s’en cogne un peu. Tu sais que ça me gonfle de raconter une histoire que je te conseille de découvrir, mais bon. J’essaye de t’en dire deux ou trois mots.

C’est de l’Alaska que te cause M’dame Bradbury. Comme David Vann. Je commence à croire qu’il y a un nid, là-bas, avec des écrivains pour de vrai. J’imagine assez les cours d’anglais avec les profs qui se disent que l’Alaska va être connu dans la globalité de l’univers grâce à ces gens qui écrivent des maux sur le papier.

Donc, le pitch.

L’Alaska, des chiens de traîneaux, des traîneaux, la forêt, la neige, l’hiver, des lacs gelés, des animaux qu’on chasse, et qu’on peut manger si on a faim, des méchants.

Voilà.

J’ai bon comme pitcheur ?

Ah, j’ai oublié un truc.

Tracy.

Tracy, c’est elle qui te raconte l’histoire. C’est une ado. Elle a dix-sept ans, et elle fait des trucs bizarres, des trucs que même King aurait sans doute pu déposer dans un de ses romans quand il écrit sur les choses étranges de l’univers et du Maine.

Bradbury, elle écrit à l’os. Je sais que c’est l’expression de Gérard, mais en même temps, je sais pas non plus comment te dire autrement ce que je pense d’un roman où il n’y a pas un mot de trop. Tu sais que souvent, il m’arrive de me faire chier au point de te dire que si t’achète pas tel ou tel livre de tel ou tel auteur, c’est pas très grave. Pas là.

Une seule voix, celle de Tracy, qui t’emporte au fond de la forêt, qui te fait partager le froid et la peur. Qui te fait partager la sauvagerie de l’existence que ses habitants vivent au quotidien dans ces confins du monde que tu connais, peut-être comme moi, uniquement à travers ces récits.

Tu te souviens de Jack London et de ses « Enfants du froid », ce recueil de nouvelles complètement extraordinaire qui a marqué mon adolescence et m’a fait découvrir London et cette écriture parfaite et sans un seul mot de trop ?

Tu te souviens de Jack London et de son « Peuple de l’abîme » ?

Pareil.

Je veux dire que Bradbury m’a donné la même impression d’écriture parfaitement aboutie. La même.

Et tu sais que quand je compare un écrivailleur à London, j’ai tout dit.

Tu te souviens aussi de David Vann et de « Sukwann island » ?

Tu l’as pas lu encore ?

Tu déconnes ?

Ben on est dans la même école., voire dans la même université, dans la même capacité à écrire sans que personne ne puisse rien enlever à ce que t’as mis sur le papier.

Celle de ces écrivains qui t’emportent et qui te lâchent plus jusqu’à ce que tu aies tourné la dernière page.

Tu vas vivre avec Tracy, chasser avec elle, avoir peur et te laisser envahir par la sauvagerie de cette nature qui est tellement plus forte que toi, tellement plus forte que nous. La nature qu’on continue à maltraiter et qui commence à nous dire qu’elle va nous péter la gueule si on n’arrête pas de lui balancer des fumigènes et de lui cracher nos déchets et notre plastique pour les filer à bouffer aux poissons et aux orangs-outans.

La fin va te cueillir, comme elle m’a cueilli.

Même si tu hésites à cause de ce que certains vont tenter de te raconter, à cause de ce côté « fantasticotruc » qu’ils auront aperçu, ne les écoute pas.

Ils vont te parler aussi de la quête d’identité. Sans doute. Mais pas que et c’est sûrement pas le sujet de ce livre. Trop simple ce serait. C’est sans doute un roman sur la vie.

Parce que le fantastique, il est dans la vraie vie.

Il est dans le rideau qui bouge derrière toi alors qu’aucune fenêtre n’est ouverte, il est dans l’air qui s’arrête brutalement, qui se fige, quand tu es avec tes potes à l’enterrement d’une amie très chère, et partie trop tôt, comme pour laisser s’envoler son âme dans le bleu du ciel.

Tu vas l’aimer, ce roman. Pour de vrai. Et comme d’habitude, fais-moi confiance.

C’est tout ce que j’ai à dire…