Sarah-Jane – James Sallis
Sarah-Jane – James Sallis

Sarah-Jane – James Sallis

Sarah Jane – James Sallis

Éditions Rivages – Noir

La quatrième, comme d’hab.

Sarah Jane Pullman est appelée” Mignonne” par son père, mais elle ne se voit pas ainsi. Histoire de démentir son surnom, elle fugue et s’écarte du droit chemin. Comment parvient-elle à redresser la barre et à être engagée comme officier de police dans la petite ville de Farr ? Elle ne le sait pas très bien elle-même. Elle se lie avec Cal, le shérif, un homme qui a lui aussi beaucoup vécu. Lorsqu’un jour, ce dernier disparaît sans laisser de traces, Sarah Jane se met à sa recherche et s’interroge : pourquoi a-t-il disparu ? Est-il encore vivant ? Qui était-il vraiment ? Au cours de cette quête, elle va peut-être résoudre l’énigme de sa propre vie.

Voilà.

Un détail, même s’il n’a pas réellement accentué mon envie de lire ce roman, mais bon : la préface est de Jean-Bernard Pouy, qui est quand même un monsieur qui sait de quoi il parle en terme de roman noir.

Ce que je sais, en revanche, c’est que c’est mon premier roman de Sallis, bien qu’il soit publié depuis deux ou trois décades, je ne suis jamais tombé dedans. Un vieux monsieur, si j’ai bien lu wikipédia, qui nous emporte dans un roman étonnant avec une femme blessée par ses vies, puisqu’elle en a eu plusieurs.

Sarah Jane a été enfant, et a commencé à écrire dans ses cahiers, puis elle a grandi , a marché sur les routes de l’adolescence, au figuré et au propre, a croisé d’autres vies, les a aimées, puis quittées. Elle est devenue militaire, et a vécu une histoire que tu ne comprendras qu’en rassemblant les éléments piochés dans les pages offertes par Sallis.

Tu vas te rendre compte que Manchette avait raison quand il disait, ou à peu près, que les polars étaient avant tout des romans de société. C’est le cas de Sarah Jane. On est bien au-delà du simple polar, fabriqué à la va vite par certains auteurs que je me refuse de nommer pour ne pas leur faire de pub, pour atteindre une espèce de quintessence dans l’écriture que tu ne croises pas fréquemment. Tu vas comprendre que “l’enquête” dont d’aucuns disent qu’elle est la chose la plus importante dans un roman polardeux, n’a ici qu’une importance relative.

Tu vas vivre quelques instants avec Sarah Jane, tu vas écouter les silences et regretter les absences, notamment celle de Cal. Cal, le shérif de Farr, qui l’a accueillie et embauchée sans lui demander qui elle était ni d’où elle venait. Un roman où il te faudra remplir toi-même ces silences, jusqu’à comprendre à quel point Sarah-Jane est venue te murmurer au creux du cœur, jusqu’à ce que tu l’entendes te raconter son histoire, et lire les mots qu’elle pose sur son cahier.

Ce qui est presque étonnant, c’est qu’à aucun moment tu ne sauras pourquoi elle est partie. Et ce qui est encore plus étrange, c’est que tu vas comprendre que le crime, et l’enquête, n’ont finalement qu’une importance toute relative. Comme un prétexte à écrire, mais pas à te donner une solution. Même si tu finiras par savoir, parce que Sallis a pitié de toi. Le secret de cette écriture, que j’ai donc découverte avec ce roman, c’est ce goût pour la métaphore. C’est vrai que Jean-Bernard Pouy t’en parle dans la préface. C’est vrai qu’il te dit l’admiration qu’il a pour Sallis et son sens de l’écriture.

Comment te faire entendre l’empathie sans un talent monstrueux pour les mots et la manière de les mettre ensemble… Comment te faire oublier la tristesse, l’émotion ressentie en te faisant entendre, à nouveau, le silence des personnages, le silence qui recouvre leur peine face à la mort de leurs proches. La relation entre Cal et Sarah est, elle aussi, approchée tout en douceur, comme les silences, encore, qui sont autant de phrases murmurées à l’oreille de celui qui écoute.

Et ces mots, posés sur la page du journal de Sarah : “Nous sommes tous les témoins clairvoyants de nos propres vies”, ou encore “On vit tous dans des boules à neige”…

Alors un roman d’ombres et de lumières, un peu comme quand le soir tombe au milieu des arbres qui entourent l’endroit où je vis.

Difficile pour moi de conclure comme d’habitude, avec ces mots que je glisse à la fin de mes chroniques, mais les exceptions confirment les règles…

Va le chercher chez ton libraire, fais moi confiance.