Hannelore Cayre – Richesse oblige

Métailié NOIR

 

Bon, je te résume.

Je veux dire que je vais essayer de t’attirer vers ce bouquin à travers un pitch dont j’ai le secret, c’est-à-dire un petit paragraphe où je dis rien…

Elle s’appelle Blanche de Rigny. Elle est un peu handicapée au niveau des jambes qu’elle a plus. C’est un handicap sérieux, mais elle vise les dernières prothèses pour être plus rapide qu’une gazelle. C’est chouette.

Première porte ouverte.

En 1870, les riches achetaient des mecs pour aller faire la guerre à leur place. C’est un peu pareil aujourd’hui, voire pire. Enfin je crois.

Deuxième porte ouverte.

Faut pas faire de mal aux animaux. Sauf ceux qu’on mange comme les sauterelles, ou les autres insectes, mais pas les vaches et les canards.

Troisième porte ouverte.

Je te les donne pas toutes, les portes ouvertes qu’il faut enfoncer, tu chercheras si tu le lis.

Je me méfie des romans sociaux. Je m’en suis toujours méfié. Si l’auteur est pas grave super bon, il passe à côté.

Je dis pas ça pour Madame Cayre. Je dis ça comme ça. Juste comme ça. Faut qu’il ou elle soit grave super bon.

Mais vraiment bon…

Donc, deux époques dans ce roman. Aujourd’hui, et hier. Aujourd’hui, c’est la guerre contre les riches, et hier aussi. Tu vas me dire que ça n’a pas beaucoup changé entre hier et aujourd’hui, et c’est pas faux, comme disait Perceval.

Je me suis bien amusé pendant cette lecture, mais je me suis aussi pas mal ennuyé. Vraiment pas mal. Comme si l’auteure l’avait écrit plutôt assez vite, comme une espèce d’urgence ou une date avec des butoirs… Comme si son agacement contre cette société presque inhumaine l’avait empêchée de faire du très bon travail de littérateuse (c’est les filles qu’écrivent).

C’est ballot.

Tu vois ces couvertures américaines faites avec plein de morceaux de tissus ou de tricots différents ? Genre patchwork, de toutes les couleurs… Ben voilà. Comme sur une couverture, il y a des jolies choses dedans. Des choses qui font un peu peur. D’autres qui font sourire, et d’autres rien.

Quand tu vas tomber sur le gasoil africain, tu vas pâlir un peu, surtout quand tu vas comprendre que c’est la réalité. On déconne grave, nous, les colonialistes…

Ben oui. Vu ce qu’on fait encore là-bas, on va avoir du mal à faire croire qu’on a oublié les colonies…

C’est sans doute ce côté caricatural qui m’a un peu gonflé, même si c’est une réalité et que cette réalité-là, elle me gonfle aussi.

Alors oui, Hannelore Cayre envoie du lourd et cogne avec bonheur sur ce qui nous fout en rogne aujourd’hui, mais est-ce que c’est suffisant pour faire un bon roman ?

Je sais pas. Je crois pas.

J’imagine que tu vas comprendre qu’on est très loin de mes littérateurs préférés, mais vraiment très loin. Je sais pas pourquoi je me suis laissé avoir et que j’ai attrapé ce roman. Sans doute tout le bien que les spécialistes en ont dit. Et encore une fois, je suis à côté de cet engouement pour le rien validé par les pros du blog, de l’internet, ceux qui ont la science de la littérature au ras du cerveau. Et aussi ceux des journaux qui imaginent que parce qu’ils disent que c’est absolument génial, on va leur faire confiance, acheter le bouquin, et le refermer en se disant : »Je suis vraiment trop con, j’ai rien compris… »

Pour finir, si je peux dire, l’écriture ne m’a pas accroché une seconde. Pas de style, sauf à imaginer que le manque de style est un style à lui tout seul, que la vulgarité des termes employés fabrique l’élégance de la langue, pas de phrases ou de paragraphes, et je parle évidemment pas de chapitres entiers, qui vont te faire dire que c’est un roman dont tu te souviendras longtemps.

D’ailleurs, tu vois, j’ai déjà presque tout oublié. Je dis chapeau d’avoir pris le temps d’écrire, mais j’ai pas accroché. Pas une seconde.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce bouquin.