Parce que les tatouages sont notre histoire – Héloïse Guay de Bellissen

Parce que les tatouages sont notre histoire – Héloïse Guay de Bellissen

Robert Laffont

Tu sais que cette nana, je l’aime vraiment bien. Je l’ai croisée pour la première fois il y a quelques temps, à travers l’histoire d’amour fabuleuse qu’elle te raconte dans « Le roman de Boddah », puis croisée à nouveau dans ses « Enfants de chœur de l’Amérique ». Je me rends compte, d’ailleurs, que je t’ai jamais parlé de ce bouquin. C’est ballot, mais je le ferai dans quelques jours. Puis est arrivé « Dans le ventre du loup », où l’histoire du petit chaperon rouge revue par un véritable écrivain.

Te dire que j’attendais son livre sur les tatouages avec impatience, ce serait te mentir, parce que je voyais pas vraiment ce qu’elle pourrait faire avec ces dessins, ces marques ou ces mots qu’on a sur le corps.

T’en as pas, toi, des tatouages ?

C’est pas grave, tu peux rester quand même.

Comme à chacun de ses livres, il te suffit de lire trois pages pour te rendre compte que certains de nos auteurs ont cette capacité à utiliser les mots que d’aucuns ne peuvent entrapercevoir qu’en rêve. Ces rêves où ils s’imaginent écrivains. Héloïse, elle est comme ça. Elle te dit les mots avec le cœur, puis avec les tripes, et tu te marres ou tu chiales en fonction de ce qu’elle te raconte. Des histoires d’amour, des histoires de peurs, des histoires d’enfants perdus puis retrouvés, et puis la peau qui hurle parfois ses peines et ses douleurs.

Tu vas imaginer, sans doute comme ceux qui ont décidé de ne pas venir la voir chez nous au Lavandou, même s’ils habitent ici, que ce livre ne parle qu’aux tatoués, qu’à ces survivants de l’apocalypse annoncée dans certains ouvrages de l’underground, qu’à ceux qui ont décidé, un matin, que leur peau devait porter leur histoire, comme ces Amérindiens, ou ces habitants de certaines iles trop lointaines pour être honnêtes…

T’as faux.

Dans ce texte, tu vas croiser la vie, contée par la fille-livre, de ces hommes et de ces femmes qui ont eu un jour besoin de dire.

Besoin de se regarder en face et de voir, jour après jour, celui ou celle qu’ils sont vraiment. Tu vas croiser ceux qui sont nés à nouveau, après la mort annoncée ou croisée, ceux qui sont tombés puis se sont relevés et ont eu besoin de l’écrire sur leur peau pour ne jamais oublier.

Héloïse te dit, avec tout l’amour possible, les rencontres dans le salon de Tatouages de Yann Dotwork, son mari, celui qui a fait sa demande en mariage en l’écrivant sur sa peau… Celui à qui elle a répondu avec une petite croix dans une case, une croix  marqué à l’encre, une croix pour dire oui et ne jamais le regretter.

J’extrapole, Ghislaine, je m’énerve pas.

Tu vas croiser la petite fille enlevée par des Amérindiens, celle qui a changé de vie, et à qui on a voulu remettre une robe pour dire qu’elle était à nouveau civilisée… Cette petite fille qui voulait retourner dans sa vraie famille, au milieu des êtres humains, même si elle portait sur son visage les marques d’une autre tribu.

Tu vas écouter Héloïse te murmurer ces histoires au creux de l’oreille, parce qu’elle va te les raconter à toi, et juste à toi.

Écoute :

« Le corps, un livre non écrit mais qui ne demande que ça. L’écriture c’est une histoire intérieure imprimée. En nous, elle mord et se défend de le faire. Elle marque, cogne, gifle, parfois caresse. Une épitaphe joyeuse inscrite en dedans à qui on donne la vie, qu’on sort de la tombe. Écriture et tatouage, ensemble : des gestes premiers et indélébiles, qui réveillent des peaux qui avaient cessé de vivre. »

Tu vas sentir ton cœur battre, en tournant les pages de ce livre magnifique. Tu vas entendre les poèmes dits par ceux qui nous portent sur leurs épaules pour qu’on puisse respirer au-dessus de la misère, pour qu’on puisse simplement continuer à être vivants, encore un peu, pour que nos âmes s’envolent un peu plus haut…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce livre-là.