Onze jours – Lea Carpenter

Onze jours – Lea Carpenter

Éditions Gallmeister

Onze jours de la vie d’une femme, d’une mère, et d’un soldat. Onze jours d’espoir, d’amour et de peur mélangés dans le cœur de cette femme qui sait son fils parti se battre contre des hommes qu’elle ne connaît pas.

Tu sais, peut-être que parfois tu t’es demandé ce qui poussait ces mômes à s’engager pour la liberté. Ce qui poussait ces mères à ne pas vouloir croire à la disparition de ces fils et de ces filles, devenus des soldats, des guerriers formés à tuer, devenus des assassins professionnels, quoiqu’en disent ceux qui te parlent de la patrie…

Tu as sans doute déjà croisé ces mères et ces fils, vivant une passion quasi fusionnelle à travers la vie et les sentiers qui les emportent si loin que les kilomètres n’existent plus.

Et puis sans doute aussi que tu as entendu dire des mots sur ces soldats de l’élite, ces SEALS dont les légendes façonnent l’Histoire des guerres, ces commandos, membres des forces spéciales de la US Navy.

La Team 6, celle qui est allée chercher et tuer OBL, au cœur d’une mission dont ils auraient pu ne pas revenir.

Alors tu vas rencontrer Jason et Sara. Jason qui a choisi la guerre et Sara qui n’a pas choisi autre chose que de se conformer à la décision de son fils.

Sara qui relit les lettres de Jason, et qui tente de comprendre pourquoi…

Alors les souvenirs, les mots d’un enfant devenu soldat, et la peur liée à cette disparition de l’homme qu’il est aujourd’hui.

Et tu vas comprendre à quel point aussi ces hommes sont liés par la souffrance endurée pendant leur formation, sans doute l’une des plus dures de toutes les armées du monde.

Comprendre à quel point ce qui s’est passé le 11 septembre 2001, et toi aussi tu te souviens exactement de ce que tu faisais ce jour-là et de l’endroit où tu étais, à quel point les images et la stupeur ont changé le monde et ta vision de l’avenir.

Comprendre aussi que ces soldats de l’élite ne sont pas que des tueurs, comme certains le laissent entrevoir, mais bien plutôt des hommes d’une intelligence exceptionnelle, et d’une humilité dont nos hommes politiques qui se décorent allègrement de la Légion d’honneur feraient bien de s’inspirer…

Ceci posé, j’espérais tellement plus de ce roman.

Sentir couler les larmes de cette mère et entendre les rires du petit garçon.

Je n’ai lu qu’une ode à ces héros adulés par la plupart des américains, ces supermen sans collant ni caleçon mais munis de lunettes qui leur permettent de voir clair dans la nuit la plus sombre, et c’est dommage.

Bien sûr que c’est parfaitement écrit, parce que Léa Carpenter n’en est pas à son coup d’essai, parce qu’elle scénarise déjà des films (j’en ai au moins aperçu un) et que ce roman est visiblement écrit comme un scénario.

Alors peut-être que j’en ai assez de ce discours redondant où la puissance américaine est portée encore une fois aux nues, où rien n’a d’importance que la patrie parce que l’amour qu’on lui témoigne est le seul qui vaille.

Assez de voir que la mort d’un soldat est toujours justifiée parce quelque chose de plus grand que lui par ceux qui ont le cul posé sur le cuir des fauteuils qui entourent les bureaux, qu’ils soient ovales ou rectangulaires. Assez qu’on essaye de me faire comprendre à quel point la vie d’un homme peut être plus importante que la vie d’un autre homme, comme si une échelle de valeur existait et qu’il faille s’y référer…

J’ai lu sur le ouaibe de nombreuses dithyrambes, et encore une fois je ne me retrouve pas dans ces « claques monumentales », et autres joyeusetés liées, à mon avis, au nombre de bouquins qu’on souhaite recevoir en SP.

J’ai lu quelque part que le père de Lea Carpenter était un héros, lui aussi. Qu’il a été décoré d’une médaille en bronze en forme d’étoile. C’est pas rien. J’imagine que grandir dans l’ombre d’un véritable héros doit parfois empêcher de profiter du soleil, et j’imagine donc aussi une forme d’hommage de la dame à ce père qu’elle doit admirer encore.

Sans doute.

Est-ce que c’est suffisant pour dire que j’ai passé un chouette moment de lecture ?

Pas vraiment. Je me suis ennuyé, souvent, et j’ai parfois posé ce bouquin en me disant que j’allais en commencer un autre…

J’ai tenté d’imaginer, quelques instants, comment ce petit garçon qui jouait avec des cuillères avait pu disparaître au cœur d’un pays en guerre, et rester présent dans le cœur de sa mère, mais j’ai pas pu.

Les mots de Lea Carpenter n’ont pas eu assez de force pour m’emporter aussi loin que le sable qui s’effrite sous les pieds des soldats qui s’y couchent et qui meurent en rêvant qu’ils vont rentrer chez eux…

Parce que laisser partir un fils pour ne pas le perdre aurait mérité de nous laisser voir les empreintes de pas dans ce sable, justement.

C’est tout ce que j’ai à dire.