Nous rêvions juste de liberté – Henri Lœvenbruck

 

Nous rêvions juste de liberté – Henri Lœvenbruck

 

Bon, on va pas se mentir.

Du mal à sortir de ce bouquin.

Du mal à le poser pour faire autre chose, et du mal à le laisser quand je l’ai eu terminé.

J’ai rien lu d’autre de lui. Il écrit des polars ésotériques je crois.

On s’en fout. Pas qu’il écrive d’autres trucs, on s’en fout parce que c’est pas le sujet.

Le sujet, c’est l’Amitié. T’as vu, j’ai mis une majuscule à Amitié.

Parce que là, on parle d’amitié majuscule. Celle qui unit des potes « à la vie à la mort ».

La Loyauté des motards.

L’Honneur des motards.

Le Respect des motards.

Tu comprendras après, en lisant le bouquin.

C’est un bouquin sur les motards alors, tu vas me dire. Oui. Mais pas que.

C’est un genre de « Road-movie » dans un pays imaginaire, mais qui ressemble vachement aux States.

L’histoire d’un voyage, donc.

Mais ce voyage, Bohem, c’est dans lui qu’il le fait, dans son cœur et dans son âme.

Parce qu’il s’appelle Bohem, le héros. Ses potes, c’est Le Chinois, La Fouine, et Freddy. Ces quatre-là, c’est un genre de bande. Tu sais, les bandes des villages que t’as croisées parfois, au détour d’un bal de pompiers.

Quoi ? Tu vas pas au bal ?

La ville dont il est question, c’est Providence. Ça s’invente pas. Cette ville d’où ils veulent partir, les quatre. Et pour en partir, ils font des conneries.

Pas des grosses conneries, mais de celles qui t’envoient en maison de redressement. Tu sais, ces maisons où tu crois qu’ils te redressent les gosses, mais d’où ils ressortent encore plus tordus que quand ils y sont entrés.

« Moi, tout ce que je sais, c’est que quand on sortait du centre de détention pour mineurs de Sainte-Catherine, soit on était cassé à vie et plus bon à rien, soit on était encore pire qu’avant et tout endurci du dedans à cause de la haine. »

Heureusement, il y a la moto. Celle que tu connais pas, à moins que t’aies déjà posé les fesses sur une selle, et roulé plusieurs centaines de kilomètres, sans vraiment avoir envie de t’arrêter. Si t’as jamais fait ça, imagine.

La Liberté, c’est ça.

Elle t’emmène dans le monde des MC (les Moto-Club de Bikers) et rien que pour ça, c’est chouette. Tu crois pas que ces gros durs de bikers ils ont un cœur, qu’ils partagent ces valeurs, et qu’ils sont fidèles en amitié à ce point-là. Tu le crois pas sauf si t’as lu ce reportage sur les bikers en Russie, là où il fait tellement froid que quand tu tombes en panne, tu crois que tu vas mourir. Mais tu meurs pas, parce qu’il y a toujours un biker qui te voit, qui t’emmène au chaud dans le local, qui t’offre un café ou de la Vodka, et qui t’aide, avec ses potes, à réparer ta mob. Tu le savais ?

Je te raconte pas, comme d’hab, je veux pas déflorer, mais franchement, Henri Lœvenbruck, il m’a pris par la main et il m’a emmené dans son histoire à un point que même moi, j’y croyais pas.

Ce bouquin, c’est des rencontres. Des rencontres avec des vrais gens, puis des souvenirs avec ceux qui sont plus là.

Papi Galo, il est plus là, mais il a laissé ces mots derrière lui, comme une empreinte dans la tête de Bohem :

« Il est resté là, à s’occuper du potager qui n’avait jamais donné des fruits aussi beaux, et puis à s’occuper de moi aussi, avec l’amour que les gitans ont dans le cœur juste derrière la couche de pierre. »

Ça tue, non ?

Si t’as connu des gitans, des vrais, tu vas les reconnaître. C’est obligé.

Quand tu vas lire, tu vas avoir envie de poser ton cul sur une bécane. Ça aussi c’est obligé. Tu vas faire partie de la bande. T’as pas le choix.

Ce que tu vas voir aussi, c’est que la liberté, elle coûte un max de pognon. Un max de sacrifices. Un max de vie.

Ce roman, il cause directement au petit truc de 21 grammes que t’as juste au-dessus de ta tête.

À un moment, dans le roman, Bohem, il doit sauter dans le vide.

Question de confiance.

Alors toi aussi, fais-moi confiance, et saute…