Mon Père – Grégoire Delacourt

Mon Père – Grégoire Delacourt

JC Lattes

Quand je te dis que je sors de mon périmètre de sécurité, tu rigoles… Ben arrête de rigoler !

Grégoire Delacourt, il est à plusieurs encablures du dernier roman de Fauquemberg…
Mais bon, faut pas que je meure idiot. Ce mec, c’est celui qu’a écrit « La liste ». Pas de Schindler, celle de ses envies. Autant dire que quand je l’ai choppé au détour d’un rayon, Gérard m’a demandé ce que j’avais fumé.

Je fume pas.

Alors bien sûr qu’après lecture et grand énervement parce que s’il y a un truc qui m’énerve, genre qui me donne envie de distribuer des coups de fourchettes, c’est les porcs en levrette sur des mômes, et bien sûr qu’après ça, je me suis demandé qui avait écrit sur ces ignominies.

Alors bien sûr que tu repenses à Justine Niogret et à son varan. Un des romans les plus vivants sur le sujet qu’il m’ait été donné de lire depuis de longs jours.

Alors bien sûr que tu repenses à Gabriel Tallent, et à « My absolute darling ».

Bien sûr.

Et puis tu penses à ce film, « Spotlight », celui qui m’a mis en colère et qui a engendré un de mes trucs à moi, qui s’appelle « T’auras pas mal ».

Et puis tu te dis, après avoir écumé chacune des pages de ce texte, que certaines de ses phrases sont juste belles. Belles à crever le ventre de ces bêtes qui sous couvert de Bondieuseries s’imaginent à l’abri de la justice des hommes.

C’est sans doute ça.

Alors un cri.

Le cri du père face au Bon Dieu, ou à un des ses agents commerciaux, qui lui dit de croire encore au pardon et à la rédemption.

Sans déconner.

Alors une histoire de vengeance.

Parce que face au vide monstrueux laissé par ces mecs qui imaginent que l’enfant est juste un morceau de viande, sans âme et sans douleur, et que même les petites filles sont faites pour le plaisir des hommes qui ont trente ou quarante ans de plus qu’elles, face à ce vide au milieu de leur crâne, je reste sans voix.

Alors je crie pas.

Parce que quand tu cries, t’as tendance à dire les trucs qui te sortent du ventre, pas de la tête. Ça veut dire que t’as tendance à dire n’importe quoi, et c’est pas la solution.

Alors je peux imaginer le père que je suis face à ce vide-là. Je peux imaginer le père que tu es peut-être face à ce vide-là. Mais je ne fais qu’imaginer.

Je peux imaginer la rage du père face à ce vide-là.

Ma rage.

Ta rage aussi.

Je peux imaginer la culpabilité de n’avoir pas vu.

Ma culpabilité.

Ta culpabilité aussi.

Imaginer l’envie de devenir à mon tour le bourreau. Ton envie de devenir à ton tour le bourreau.

Juste imaginer.

Devenir une bête, l’espace d’une vengeance, puis ne jamais redevenir un homme à nouveau, parce qu’une vengeance n’est pas l’acte d’un instant, mais celui de toute une vie.

Puis les mots dans la bouche du Père :

« Je n’ai pas protégé ceux que j’avais la charge de consoler et de chérir. Et l’Église a fermé les yeux. L’évêque de notre diocèse a fermé les yeux. le Vatican a préféré se coudre les paupières et manipuler les magistrats. Alors je me suis plu à imaginer que leur cécité était une forme d’assentiment. Car si les pères ne condamnent pas, si les pères n’interdisent pas, si les pères ne punissent pas, alors les fils conjecturent qu’ils ont tous les droits. ».

T’as bien lu.

C’est sans doute ça. Tous les droits.

Une trace de ce roman ?

Avoir découvert cet auteur à travers un texte qui est sans doute le plus personnel qu’il a écrit jusqu’à présent. Avoir croisé cette écriture et bénéficié de cet effet de surprise qui m’a permis d’en apprécier le grain.

Quant à dire, après y avoir réfléchit, que c’est le roman de l’année en ce qui concerne les merdieuseries dont il est question, c’est un pas que je ne franchirai pas.

Il aurait fallu (ne me fais pas écrire ce que je n’ai pas écrit) que le roman soit entièrement de la qualité de quelques unes de ces phrases qui m’ont bluffé.

Grégoire Delacourt a dit quelque part qu’il écrivait maintenant « à l’os ».

C’est pas le cas. Il reste de la viande sur la côte de bœuf.

Justine Niogret et Céline Lapertot ont encore de l’avance.

Mais je les aime d’amour, alors elles auront toujours de l’avance…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.