Mon Père – Grégoire Delacourt

La possibilité de l’ Ogre est ici, là, en nous, partout, prête à s’affirmer dans la réconfortante illusion que « la violence est l’affaire des affamés et de quelques bêtes apostates et ne nous concerne donc pas. »
Justine Niogret -le syndrome du varan- cependant nous alerte sur la banale conjonction propice au basculement : « Mon père est un trou. Mon père n’est rien, qu’un manque égoïste et infantile. Tout doit aller dans son trou, tout est fait pour lui, tout est fait pour qu’il essaye de s’en remplir. »

« C’est donc çà ? Il faut laisser le mal faire le mal jusqu’ à ce qu’il s’épuise ? Il faut donc se taire. Toujours se taire ? » s’interroge Delacourt , ce à quoi Celine Lapertot – Et je prendrai tout ce qu’il y a à prendre – répond par la voix de l’enfant meurtri : « Je suis ce que mon crime a fait de moi : vivante »

Au risque de paraître frivole voire plus si animosité, il me semble que la forme décoit un peu. Après un début torrentiel, le saccage de l’église, le flot s’apaise et parfois s’alourdit -Brel, la marque d’une bagnole et autres considérations qui nous éloignent un peu de l’os. Et de repenser aux deux dames citées plus haut ou à G. Tallent, « my absolute darling ».

Il reste que ce texte est un cri, de ceux qui refusent la chape qui blesse notre humanité et ce cri, d’être émis, y conquiert sa dignité.