Moloch – Thierry Jonquet
Moloch – Thierry Jonquet

Moloch – Thierry Jonquet

Moloch – Thierry Jonquet

Merci, pour la seconde fois, à Alain et Carine, mais ça va comme ça. Je vais pas passer mon temps à remercier les gens que je croise et que j’aime, sinon, on va y passer la soirée. Mais bon, c’est grâce à eux que je me suis dirigé vers Thierry Jonquet. Des romans sortis en poche pendant l’été de tous les étés (celui de la suppression de nos libertés individuelles, tu te souviens ?

Du polar, du roman social, comme disait Monsieur Manchette.

En plus, je te l’ai déjà fait remarquer, Thierry Jonquet, il ne raconte plus d’histoires, sauf à ceux qui sont assis à la gauche du Saigneur, comme on dit.

Cette histoire-ci, elle s’appelle « Moloch ».

Un fait divers comme on en croise parfois sur les journaux spécialisés dans le fait divers. Paris smatch, l’observant, Voilà, etc…

Dans ce roman, il y a Rovère. Il est divisionnaire, inspecteur, et il y a aussi Nadia. Nadia Lintz. Elle juge l’instruction.

Il y a Valérie. Valérie, c’est une petite fille qui a des soucis de santé. Elle est à l’hôpital, et sa mère l’aime beaucoup. Vraiment beaucoup.

Comme toutes les mères, tu me diras, mais attend de le lire, tu comprendras.

Il y a Charlie. Il est Sans Domicile Fixe, Charlie. Il était soldat, dans une vie d’avant, et il a vrillé après le Rwanda.

Comme tant d’autres.

Et puis il y a Haperman.

Haperman, il est peintre (pas en bâtiment) et il devient aveugle. Pour un peintre, c’est la fin de la vie, mais pareil, tu comprendras en lisant le roman.

Ah oui, le détail : il y a aussi des petits mômes que quelqu’un a voulu réduire en cendres, des petits morceaux de mômes, attachés dans une maison ruineuse.

Ruineuse, ne cherche pas, c’est un néologisme qui veut dire un peu en ruine.

Tu vois, trois histoires dans un seul roman.

C’est bien.

Thierry Jonquet, après avoir découvert et donc lu le roman social à travers JPM (Manchette, essaye de suivre), a décidé d’écrire du roman noir, et donc de société. On peut dire qu’il a plutôt réussi. Il a été prof, aussi, dans la périphérie parisienne.

Pas à Neuilly, mais dans le nord de Paris, pas comme Sarko, donc.

Sans doute pour ça que le Noir, il connait bien.

Sans doute pour ça aussi, que l’enfance abîmée, il sait aussi ce que c’est. Il l’a côtoyée pas mal et en a donc tiré des ulcères. Ces ulcères qu’il dépose délicatement sur les pages de ses romans.

Un roman écrit avec les mains posées sur le clavier et qui ne servent qu’à balancer ce que tu as dans les tripes. Ce que Monsieur Jonquet avait dans les tripes.

Beaucoup de choses dans ce livre, et pourtant, tu ne te perds jamais. Tu sais qui est qui et qui fait quoi tout au long de ce roman, malgré ces trois histoires qui s’entremêlent, ces personnages qui se bousculent, qui se déchirent ou qui s’aiment tellement que parfois, le trop, c’est comme le pas assez…

Pas d’effets de style ridicule, ce qui est la marque de fabrique de certains dont auxquels je préfère ne rien dire, qui ajouteraient du rien à cette écriture concise et au ras de la vie.

Et Le Saigneur sait qu’écrire au ras de la vie, c’est pas donné à tout le monde.

Peut-être que le plus étonnant, c’est que chacun des personnages prend chair et âme, même si son importance dans le récit n’est que superficielle. Un peu comme quand tu croises, dans ta vie, des gens que tu ne reverras pas mais qui existent au moment où tu les croises, avec leur viande et leurs pensées.

Il aurait été sans doute facile de partir de ce « simple » fait divers et de sombrer dans la littérature qu’on appelle « gore », de sombrer dans la facilité et de ne faire que poser des mots les uns à côté des autres, sans leur donner le sens que Thierry Jonquet donne à chacune de ses phrases.

Il aurait sans doute été facile d’être celui qui voit et qui se délecte de ce qu’il voit. D’être celui qui prend son stylo et qui dénonce, sans mouiller sa chemise ou son stylo.

Ce n’est pas le cas.

Alors un livre sur la maltraitance, sur les difficultés des banlieues, sur le mal-être des flics et des enfants d’immigrés, encore un ?

Ouep.

Mais pas encore un.

Juste un livre comme il devrait en sortir au moins un à chaque rentrée « littéraire ».

Juste un roman.

Comme je te l’ai dit, ça n’arrivera plus, alors c’est peut-être le moment d’aller dépenser tes sous dans une librairie.

C’est tout ce que j’ai à dire.