Manaus – Dominique Forma

La Manufacture de livres

Dominique Forma, je suis tombé dedans avec « Albuquerque ».

C’est là : Juste ici…

Donc, et finalement, j’étais assez partant. Les formats courts, c’est bien. Tu commences le matin, et compte tenu des périodes de merdasserie que nous subissons, tu finis le soir.

C’est bien.

Et je vais pas te faire de pitch, d’autres s’en sont chargés, ce qui est un peu ridicule au vu des deux cents pages de ce roman, mais bon…

Ce livre de la jungle là, il commence dans les années soixante, avec le grand mec dont tous les politiciens se réclament pour dire qu’ils vont sauver la France.

Des conneries.

C’est un peu comme un livre policier, et je t’ai déjà dit que ça ma gonfle, sauf que c’est un livre d’espionnage. Pour les livres d’espionnage, on va pas se mentir, je suis resté à « Bons baisers de Russie » de M’sieur Fleming et ses « elle avait les hanches en amphore grecque »…

Mes passages érotiques préférés avec la scène du jardin de « Le rouge et le noir » de qui tu sais.

Je sais pas pourquoi je te raconte ça, tu vas penser que j’ai pas grand-chose à dire sur ce bouquin, et c’est pas faux, comme disait Galaad.

Ça cause de l’Amérique du Sud, et le mec qui cause, c’est le personnage principal. Il nous explique la vie dans le monde des espions et autres barbouzes. Il nous explique que nous, qui sommes avachis (je parle pour moi, pas pour toi) dans le canapé du salon, on n’a pas compris grand-chose à ce que c’est qu’une vie bien remplie et pleine d’action.

Et il nous explique aussi que l’Amazonie, c’est pas à la portée de tout le monde, dès qu’on s’éloigne des chemins tracés par les Caterpilars…

Les espions, ça n’a pas d’état d’âme, et ils ont remplacé les émotions par la patrie, les ordres de leurs supérieurs, et donc par l’obéissance.

J’ai pensé que j’allais avoir droit à une ballade touristique dans la forêt qui était là bien avant nous, que j’allais croiser des oiseaux que j’ai jamais vus ailleurs qu’à Manaus… Une ballade, je te dis.

Et non.

Il fait chaud en Amazonie, tu vas transpirer et ça va couler comme si tu sortais de la douche.

Tu vas hésiter, et tu vas avoir peur, comme le mec qui te raconte. Et Dominique Forma, il raconte bien.

Un morceau du début, juste au début d’ailleurs :

« J’ai goût pour l’obéissance.

La mienne, comme celle des autres.

À chacun sa place ; Se surestimer n’est pas un péché, c’est une faute impardonnable. À tendre le cou vers le ciel, on se tord les pieds. »

On est pile poil au moment où le Grand mec dont je te causais fait un court séjour en Amérique du Sud, au milieu des anciens nazis planqués là-bas, et de quelques Français qui lui veulent du mal.

C’est pour ça qu’il est là, le soldat. Pour faire gaffe à ce qu’il n’arrive rien au Général.

Puis il va croiser la route d’un autre ancien soldat, qu’il a connu en Algérie, quand elle était française, quelques mois auparavant. Il va croiser la route d’un ancien supérieur, un de ceux auxquels il obéissait sans se poser de questions.

Cette rencontre entre ces deux hommes est parfaite de justesse et de sobriété. D’aucuns, tu les connais, nous auraient servis de grandes envolées lyriques, avec le bruit des hélicoptères sur fond d’opéra vietnamien, pas Dominique Forma.

Et c’est bien.

L’amitié chez les soldats n’est pas le vain mot qu’on a tendance à en faire. C’est autre chose. Une chose gagnée par celui qui protège tes arrières tandis que tu protèges les siens.

Ah oui, un truc important.

Le plus grand des héros peut aussi être le plus immonde des salopards.

Et c’est beau.

Tu vas poisser, parce qu’il y a pas de raisons qu’il n’y ait que moi qui transpire…

Tu vas te demander où est le Bien, s’il est juste en face du Mal, ou s’il arrive que les deux se mélangent…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.