Les somnambules – Chuck Wendig
Les somnambules – Chuck Wendig

Les somnambules – Chuck Wendig

Les somnambules – Chuck Wendig

 

Mille cent soixante-sept pages. Je l’écris avec des vrais mots, pas des chiffres arabes, pour que tu comprennes bien l’effort. MCLXVII en romain.

Alors on va pas se mentir, c’est long.

Il semble que le roman du garçon ait trouvé un genre de public par chez lui. Et il semble aussi qu’il en ait trouvé un par chez nous. Tu n’as qu’à lire les chroniques de ceux qui lisent pour imaginer que tu viens de tomber sur la pépite de l’année. Sur le « chef d’œuvre » de la décade (j’ai lu ça quelque part), et puis les sempiternels coups de cœur, les « claques monstrueuses », tout ça, tout ça.

Bon.

Je pense que Jean-Patrick a fait un triple saut périlleux arrière dans sa tombe (Jean-Patrick Manchette pour ceux qui suivent pas).

Alors oui, tu vas tourner les pages, pour voir où il nous emmène. Tu vas sans doute te prendre au jeu, et tenter d’imaginer que l’épidémie de grave grippe actuelle est en lien direct avec ce qu’il nous raconte. Perdu. Il a écrit ce roman en 2019. À moins qu’il soit allé en Chine et qu’on lui ait laissé entendre qu’on allait lâcher le pangolin sur la tête duquel la chauve-souris avait déposé amoureusement le produit de sa défécation, il y a un pas que je refuse de franchir.

Tu me connais.

Alors oui, il a du talent, parce qu’il en faut pour produire mille deux cents pages cohérentes sans provoquer chez le lecteur des bâillements intempestifs. King l’a fait, mais c’est King. La première version du « Fléau » était trop courte et je me souviens de la joie qui m’a envahie quand j’ai découvert au détour des rayons de ma librairie de l’époque, la version intégrale…

Wendig, d’ailleurs, y fait référence. Excusez-le du peu.

Mais, donc, c’est King.

Il n’y a dans « Le fléau » aucune faiblesse de la langue. Pas de faiblesse non plus dans la forme ou le style qui nous permet de savoir immédiatement qui parle ou qui raconte.

Alors, au contraire de Monsieur King, qui nous raconte une histoire, Wendig nous la joue « critique sociale ». Why not, comme ils disent au pays des Amérindiens.

Les somnambules deviennent les survivants, vaccinés par une intelligence artificielle qui leur a injecté une nano particule pour qu’ils soient quasiment indestructibles, et voilà. Je sais que ça va te rappeler quelque chose, genre ARN messager ou pas…

Elle est pas belle, la vie ?

Tu y rajoutes un virus mortel né parce que le permafrost se réchauffe (c’est ta faute, puisque tu prends ta bagnole pour aller chercher le pain au lieu de mettre tes baskets), un clone de Donald Trump, des réseaux sociaux extrêmement présents, un peu de scène pas trop vulgaire (faut que ça passe à la télé), du racisme et des suprématistes, des nazis, des nanoparticules, et tu as un gros pavé que les chroniqueurs (pas tous j’espère) de tous bords vont s’empresser de porter aux nues.

Pour faire simple, tu prends quelques idées, tu les délayes au maximum de tes (réelles) possibilités d’écriveur, et tu te retrouves avec ça.

Pas le livre de King.

Juste ça.

Et puis tu te rends compte, si tu es un peu critique, que ce roman n’apporte strictement rien au genre et ne va pas révolutionner la planète littéraire. Il a visiblement été fait pour en vendre les droits à Netflix, et tu vas pouvoir constater dans quelques mois que je ne me suis pas trompé.

Le roman vaut vingt-cinq euros. En ces temps difficiles de crise pécuniaire, c’est beaucoup. Mieux vaut se prendre trois Bégaudeau en poche, et quant à moi, c’est tout ce que j’ai à dire…