Les monstres – Maud Mayeras
Les monstres – Maud Mayeras

Les monstres – Maud Mayeras

Les monstres – Maud Mayeras.

Éditions Anne Carrière

La première fois que j’ai croisé Maud Mayeras, c’était il y a quelques années. 2013, pour être précis, et tu sais à quel point j’aime la précision. En 2013, je lisais « Reflex », et ce que j’en disais, c’est juste là : https://leslivresdelie.net/reflex-maud-mayeras/

Admiratif de la Dame, j’étais.

Au contraire de ceux qui te pondent (je pèse mes mots) un roman par an, voire un peu plus, elle a décidé de n’écrire que quand ses tripes commencent à déborder sur le clavier. Je dis ça, mais je suis pas sûr. C’est seulement l’impression que j’ai.

Chacun des romans que j’ai lu d’elle t’emporte vers le fond de l’âme de l’humanité.

Chacun des romans que j’ai lu te fout les tripes à l’air, et après, tu dois les ramasser. C’est pas toujours facile.

Dans celui-ci, il est question des monstres. Ceux que t’as sûrement croisé au cœur de tes rêves ou plutôt de tes cauchemars. Ceux que certains fabriquent avec des mots qui transforment les enfants en quelque chose d’autre, avec des actes qui transforment les enfants heureux en enfants qui pleurent.

Ces monstres-là.

Maud Mayeras nous emporte au fond d’un terrier. Tu te souviens du terrier où Alice va se perdre, quand elle suit le lapin ?

Ben t’as failli avoir juste. C’est pas ce terrier-là. C’est pas non plus un conte pour les enfants sages. C’est l’histoire de ces gosses à qui certains adultes font croire que la vie, c’est sale, froid et humide.

Qu’elle se façonne à coup de terre glaise, et que ça laisse des traces sales sur le corps. Que t’as beau frotter, ça part pas.

Ça part jamais.

Tu vois juste les sillons laissés par les larmes qui coulent sur les joues des enfants.

Maud Mayeras nous raconte l’histoire d’une Maman et de ses deux mômes.

J’ai un peu pensé à « Room », de Emma Donoghue.

Un peu.

Parce que le talent de Maud Mayeras, il est au-delà de l’histoire. Son talent t’emmène bien plus loin que la majorité des zôteurs que tu connais.

Tu vas sentir le froid et l’humidité, tu vas sentir la vie qui s’échappe des enfants, tu vas sentir tes larmes couler sur tes joues, et tu vas te frotter les yeux.

Tu vas te rendre compte, au bout de quelques pages, qu’elle a donné la vie à ces personnages faits de mots, et déposés sur le papier.

Alors bien sûr, c’est sombre et sordide parfois, un peu comme la vraie vie de la réalité. Mais tu es face à ce que la nature humaine a de plus beau et de plus terrible à la fois.

Tu es face à l’amour de la Mère et à la violence du père.

Tu es face aux monstres créés par celui qui aurait dû les élever au-delà du terrier, qui aurait dû les façonner pour en faire des monuments à la gloire de l’humanité. Ces monuments que devraient être tous les enfants.

Tu vas me dire, et tu auras raison, que l’humanité a quand même tendance à nous tirer vers le bas, à nous mettre à la place de la balle qui finit entre les yeux des gosses dans les pays en guerre, à nous obliger à fermer les yeux quand les puissants nous transforment en chair à canon, ou qu’ils façonnent les mômes pour en faire des morceaux de viande.

Je sais.

Tu vas aussi arrêter de respirer quand Maud t’emportera au fond du terrier, tu vas te boucher les oreilles quand tu vas entendre la peur des enfants, tu vas fermer les yeux devant les images déposées sur le papier.

Maud Mayeras est un écrivain singulier. Complètement en dehors de ce que tu peux lire à chacune des rentrées littéraires.

Elle est stupéfiante de justesse.

Je me souviens de cette impression de plénitude quand j’avais refermé « Reflex », ou « Lux » ou « Hématomes ».

Comme si j’avais découvert une auteure bien au-delà des normes de la littérature « parisienne » qui ne dérange pas et que les médias encensent…

Cette impression n’a pas changé.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.