Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

Il est difficile lors de la lecture d’un premier roman et donc de la découverte d’un nouvel auteur de ne pas tomber dans le travers du «ça me fait penser à». Et à propos de Nathan Hill comment ne pas avoir en tête John Irving (cela a été dit me semble-t-il), mais un Irving qui aurait télescopé Woody Allen et dans le même élan un avatar édulcoré de Chomski version critique sociale. Penser à tous ces créateurs, qui avec des dosages différents, nous proposent des cocktails où se mêlent gravité amusée, introspection à haute dose, moments comiques parfois loufoques, d’où peut sourdre à tout instant quelque chose de l’ordre du grinçant voire du malaise, et considérations et critiques sociales rarement radicales mais audibles cependant.

Cette histoire que le lecteur curieux découvrira par lui-même nous propose une galerie de personnages, qui, une fois compris qu’ils vivent dans la partie nord du continent américain, donnent l’envie de prendre un aller simple pour la Patagonie après avoir vérifié qu’une escale à Chicago n’est pas prévue.

Dans le rôle du fil rouge nous avons Samuel que nous accompagnons à différents moments de son existence. Un enseignant peu considéré et professionnellement dotée d’une hyper sensibilité quasiment incapacitante mais attachant, forcément attachant.
On croise assez rapidement une jeune étudiante ectoplasmique adepte d’une forme de rhétorique particulièrement biscornue, dont on se prend à rêver qu’elle ne soit qu’un pur produit de l’imagination d’un romancier facétieux, jusqu’au moment où on se rappelle ce que racontait Philippe Claudel dans une contribution à la revue «America».

Invité par une université américaine à dispenser quelques cours, il nous faisait partager sa sidération à la vue de ces jeunes veaux zombifiés errant sur le campus en robe de chambre et pantoufles, un mug de cappuccino dans une main, un donut dans l’autre, avant de venir s’échouer sur les bancs d’un amphi dans un état de léthargie douillette où, à cours de carburant, ils ne distinguaient pas Monet de money.
Une mère forcément participe à l’épopée, et tant d’autres figures assez emblématiques des étapes rythmant le délitement de la société américaine, ou peut-être la mise en lumière de ce qu’a toujours été cette société, et que l’on aperçoit plus clairement les masques tombant, l’information circulant, et l’analyse s’affinant.

La “magie” de la littérature fait que l’on ne cède pas à la tentation de balancer le bouquin par dessus bord avant de sortir de chez soi et courir vérifier au coin de la rue qu’il existe encore bel et bien des êtres humains compatibles.


Vous ajoutez à ça que ce roman est du genre pavé option XXL et vous vous retrouvez tout surpris d’avoir accompagné l’auteur jusqu’au terme de son propos. La seule explication possible est que Nathan Hill a du talent et qu’il raconte sacrément bien les histoires.

Il ne reste plus qu’à attendre son prochain roman en souhaitant que si l’on y décèle des points communs avec des confrères ceux-ci soient des virtuoses de la concision.