Les démoniaques – Mattias Köping

Les démoniaques – Mattias Köping

Éditions Ring

 

Exceptionnellement, je vais commencer par la fin, pour que tu comprennes bien. Va le chercher. Va chez ton libraire, et s’il l’a pas, commande-le !

C’est un des romans les plus durs que j’ai lus cette année. Il fait partie, sans même que j’ai cherché à comprendre pourquoi, de mes baffes de 2016.

Il y a tout dedans. Mattias Köping, il a tout mis.

Mais surtout, il y a mis Kimy. Elle a 15 ans, et elle a pas la vie facile. Sur la quatrième de couverture, il y a écrit ça :

« C’est l’histoire d’une vengeance. L’histoire d’une fille qui affronte une bête. Son proxénète, son violeur, son père. »

T’as compris ? Pas la peine d’en dire plus sur l’histoire, parce que ça va te suffire à l’ouvrir à la première page, à prendre ta première baffe, et à essayer de suivre Mattias Köping jusqu’où il veut t’emmener. Et tu vas tourner les pages.

Et Kimy, comme Henri, tu vas vouloir l’aider. Peut-être même que t’aurais pu tomber amoureux, si t’avais eu 15 ans toi aussi. Tu vas lui murmurer de pas s’inquiéter, qu’elle va s’en sortir. Que tu vas tout faire pour qu’elle s’en sorte.

Et puis tu vas sombrer, comme moi. Parce qu’à ce niveau là, il s’agit plus de louper une marche et de se casser la gueule. C’est un abyme qui s’ouvre sous tes pieds.

Certains écrivains ont touché à ce que je définis comme le plus que sacré, notamment Johana Gustawsson avec « Block 46 ».

Le plus que sacré, c’est quand l’histoire touche aux enfants. Quand les assassins brutalisent des gosses. Ben là, Mattias Köping, il est en plein dedans.

La pédophilie, la prostitution des petites filles, le Mal.

Tu sais, ce qui te ferait devenir violent au-delà du raisonnable. Ce qui laisserait sortir de toi la rage que nos civilisations ont enfoui à l’intérieur de nous depuis des siècles.

Cette rage là.

Liée à ce qui te laisse voir ces mômes que tu connais, que tu croises tous les jours, entre les mains de ces pervers que tu n’arrives même pas à imaginer. Parce que ces mômes, ce sont aussi les tiens, ou ceux de tes enfants.

La violence de certains tueurs en série, déjà croisés dans d’autres livres, paraît presque désuète, voire surannée, au regard de ce que ce roman te permet d’entrevoir.

Juste d’entrevoir, parce que tu vas fermer les yeux. Forcément. Et puis les rouvrir parce que tu veux savoir la suite de l’histoire…

Alors tu vas marcher à côté de de Kimy, parce que toi aussi, t’auras besoin de marcher plutôt que de rentrer en bagnole. Besoin, comme elle, de prendre l’air.

J’ai cru au début que ce serait glauque. À la limite du supportable.

Mattias Köping s’est interdit de censurer quoi que ce soit, donc tu assistes à des choses alors que tu voudrais tourner la tête et ne pas voir. Mais ça existe !

C’est ça qu’il te fait toucher du cœur. Ça existe…

Tu vas espérer qu’elle va réussir, Kimy. Que cette vengeance dont on t’a parlé sur la couverture, elle va la mettre en place. T’es même prêt à l’aider.

Vas-y, respire.

Et n’ai pas peur. Je sais que tu vas te dire que non, tu peux pas lire un bouquin comme ça. Que ça touche les mômes. Les petites minettes qui sont à fond sur leurs iPhones. Qui se mettent du maquillage, pour être plus jolies encore. Mais tu vas rater quelque chose.

Je te jure que tu vas rater quelque chose.

T’as aimé « Block 46 » ? Tu vas aimer « Les démoniaques » aussi.

C’est un conte de fées, mais avec la fin imaginée par l’auteur. Celle qu’il a pas voulu écrire. Pour pas faire peur aux enfants. Celle que son éditeur lui a refusé.

Merci M’sieur Ring.

Deux mots sur l’écriture. Elle transpire. Elle sent mauvais parfois. Elle te met dans le rôle du voyeur, souvent, parce que t’as pas le choix. Parce que pour comprendre, il faut avoir vu. Il écrit pour de vrai, avec les tripes dont parlait Bukowski, et ils sont pas nombreux à pouvoir le faire.

Chacun des mots est sans doute pesé avant d’être déposé sur la page. Parce que tu peux pas te rater quand t’écris sur cette violence là. Tu peux pas remplacer un mal par un autre. Quand t’es le témoin.

Juste le témoin.

Tu vas être bousculé. Grave bousculé.

Parce que tu vas te rendre compte que c’est nous, finalement, qui laissons faire.

C’est nous qui autorisons cette violence.

Et ça commence quand tu laisses ton môme, rire avec ses potes, et dire les mots.

Ceux que tu devrais interdire.

«Joyeux anniversaire, salope ! »