Le manufacturier – Mattias Köping

 

J’ai refermé ce roman de Mattias Köping il y a quelques jours. J’avais grave aimé son premier livre, et j’en disais que du bien. Tu peux retrouver, grâce à la fonction recherche, la chronique de ce roman sur le blog.

J’ai lu sur l’internet que Mattias Köping disait que ce qu’il racontait était bien au-dessous de la réalité. J’en doute pas une seconde. Quand tu vois de quoi sont capables les humains en cas de conflit, tu peux pas avoir le moindre espoir.

Je vais pas, comme d’habitude, te faire le pitch que tu trouveras facilement sur l’ouaibe, chez ceux qui ne savent pas trop quoi dire, alors qui te racontent l’histoire.

Il faut juste que tu saches que le cadre, c’est la guerre. Celle que t’as déjà oubliée, celle qu’était juste la porte à côté, quand les Serbes et les Croates ont décidé que l’un des deux devait disparaître. Celle qui comme les autres, n’a jamais dit son nom. Et puis c’est aussi juste après la guerre. Mattias Köping te parle des traces de sang qu’elle laisse sur l’âme de ceux qui l’ont vécue.

Voilà. Le pitch le plus bref de l’histoire des pitchs.

Tu vas lire aussi que c’est un livre d’une grande violence. C’est pas faux. Mais tu te souviens de ce que les hommes faisaient aux Rwanda ? T’as pas oublié ? C’était pas dans un roman, c’était la vraie vie. Tu te souviens de ce qu’on a trouvé en Yougoslavie ? Pareil. La vraie vie.

Tu vas te promener, mais c’est pas une promenade de santé. Tu vas visiter des coins perdus où on a caché des trucs sous le tapis de feuilles. Quand je dis des trucs, ce sont des corps. Je te fais grâce des détails. La Croatie, la Bosnie, la Serbie, n’auront plus de secrets pour toi. Sans doute parce que la documentation de Monsieur Köping, et c’est lui que le dit, c’est du lourd. On est à des bornes de certains zôteurs qui font les malins après avoir passé une demi-heure sur internet ou dans un camp de réfugiés.

Je dis ça, je dis rien.

Tu vas croiser Irena, et puis Radiche, et puis Milovan.

Irena, elle est cassée en mille morceaux, et peut-être que Radiche et Milovan aussi.

C’est tout ce que je te dirai sur les personnages de ce roman.

Tu vas croiser des Oustachis, et puis le manufacturier.
Tout le monde se promène dans une histoire que tu lâcheras pas jusqu’à la dernière page.

Tu vas me dire, écrire une histoire genre « tourneur de pages », y en a plein d’autres qui font ça. Plus ou moins bien, mais ils sont nombreux.
Qu’est-ce que ce roman a de plus que ces autres-là ?

Sans doute que le style de Köping joue en sa faveur. Des phrases courtes, que tu te prends en pleine gueule à chaque page tournée, des descriptions presque cliniques qui te transforment en spectateur de la haine ordinaire de ces hommes qui n’ont plus aucune empathie envers leurs semblables, ces hommes capables d’éviscérer une future maman et de se faire un barbecue avec le chiard.

J’invente rien, tu le sais. Ça s’est produit juste au coin de notre rue, et il n’y a pas si longtemps.

La documentation que Mattias Köping a dû avaler, ça fait peur. Pas d’erreur possible quand tu parles de ce genre de situations. Parce que les historiens te tombent dessus, et qu’ils te font pas de cadeau.

Les personnages, dont je ne t’ai donné qu’un tout petit échantillon sont des personnages à l’ancienne. Tu les aimes pas. Très peu d’entre eux attirent la sympathie, mais tous te fascinent.

Un point, malgré tout, pour que tu meures pas sans avoir hoché la tête.

Les dithyrambes internetiennes sont nombreuses. Il n’y a d’ailleurs que ça. J’ai vu personne aller à l’encontre de ces lauriers tressés sur la tête de Köping.

Je suis donc assez d’accord avec tous ces intellos de la dernière heure, ceux que je te cause souvent… les « sachants ».

Ce qui me défrise, en revanche, c’est d’entendre parler de style, y compris par les journalistes de la culture (pas celle du poireau, l’autre, celle du ministère). Lire sur la couverture « Un chef-d’œuvre dont on parlera encore dans 50 ans »… Faut pas déconner non plus.

Pour moi, le style, c’est celui que tu vas reconnaître dans les premières lignes, les premières pages. C’est pas ce qui s’est produit ici. C’est du super bon boulot d’écriveur, et je me suis régalé à tourner les pages. J’ai adoré être pris pour une truffe par Mattias Köping à chacun de ses twists, j’ai aimé détester certains de ses personnages au-delà de toute mesure, puisque je sais qu’ils existent pour de vrai dans la vraie vie, ou en tous cas leurs cousins, ceux dont on parle pas dans les journaux.

Mais l’écriture que j’aime d’amour, c’est pas celle-ci.

J’ai pas « entendu la roue de la charrette quand elle s’arrache du sol ».

C’est tout ce que j’ai à dire…