Amélie Antoine – Le jour où

XO éditions

Amélie, je l’ai jamais rencontrée dans la vraie vie de la réalité. Alors on s’écrit sur les premières pages des romans qu’elle m’envoie, en me précisant bien, à chaque fois, que je ne suis pas obligé de le lire, d’autant qu’elle sait que ce n’est pas ma littérature préférée.

C’est drôle, et j’aimerais bien la croiser dans le « pour de vrai » un jour. On verra.

Quant au dernier, en sortant de « Je suis le fleuve » et avant de commencer « Les buveurs de rêves » et « L’ami imaginaire », je me suis pensé, dans le for intérieur de moi-même, qu’il serait temps de voir comment elle a évolué, la petite, depuis « Fidèle au poste » …

Je dis la petite, mais je sais pas précisément combien elle mesure. C’est rapport à l’âge, pas à la taille.

Donc, « Le jour où ».

Le pitch, on s’en cogne un peu, d’autant que les habitués des blogs « je sais pas quoi dire mais je remercie les éditions XO de m’avoir envoyé ce roman, qui est sans aucun doute mon coup de cœur de la rentrée, et merci aussi à mes parents et à mon instituteur de m’avoir appris à lire » vont te le faire. T’as qu’à chercher.

Ce que je peux te dire, pour éviter le suspense (mot français), c’est que je l’ai ouvert, et pas lâché pendant deux jours.

Amélie, son écriture, c’est juste de la balle. Et elle se prend visiblement pas au sérieux et doute de ses capacités à chaque fois qu’elle commence à tapoter sur son clavier.

Certains, on en connait, feraient bien de faire un peu pareil. Sans doute qu’on éviterait certaines rédactions niveau quatrième éditées par des éditeurs qui ont oublié d’apprendre à lire.

Je dis ça, je dis rien, mais bon, c’est pas le sujet.

Amélie, donc, elle écrit du noir caché dans le blanc. Ça veut dire que sans ombre, il n’y a pas de lumière, et inversement. Je sais pas si je suis clair…

Je me souviens de « Les secrets » ou de « Quand on a que l’humour », auxquels j’avais plutôt bien adhéré.

Ce que j’aime sans doute dans ses romans, c’est cette capacité à être dans la vraie vie de la réalité, et à aller y chercher le supplément d’âme qu’on a tous en chacun de nous. Et ça, c’est foutrement bien.

Dans le petit mot qu’elle a commis sur la page de dédicace (tu sais, la page blanche faite toute exprès pour que les auteurs fassent des dessins jolis sur les livres), elle espère que je ne trouverai pas ce roman « mièvre ».

Ben non.

Autant dans le dernier bouquin de celle qui a écrit « Big » j’ai été à deux doigts de me faire suer grave, dans celui-ci, je me suis surpris à me ménager des moments pour avancer dans l’histoire. Elle part du sale pour écrire du propre, et c’est bien.

On est donc à deux bornes et demi de la littérature « feel-good » que je ne lis pas. C’est pas un jugement, Ghislaine, c’est un constat.

J’ai dit aussi à Amélie qu’on était à plusieurs kilomètres de Donald Ray Pollock. En même temps, on le sait en commençant le roman, et ce n’est pas le but que d’imaginer qu’on va frôler la littérature noire américaine de la ruralité.

Ce n’est donc pas un roman « feel-good ». C’est un roman « viens avec moi, je vais te raconter une histoire ». Tu saisis la nuance ?

J’aime bien ces histoires où ceux dont il est questions ont pris des baffes, et ont du mal à se décabosser.

J’aime bien quand l’écriveur met dans le livre des morceaux de sa vie mais que ça se voit pas. Tu peux juste imaginer.

Le fait aussi qu’on touche à ce que j’appelais, après avoir fini le premier roman de Johana Gustawsson, « le plus que sacré », c’est-à-dire la mort des mômes. Pas simple d’en parler sans écrire justement le « mièvre » qu’elle a imaginé que j’apercevrai dans son écriture.

Elle s’est gourée. J’y ai vu du vrai noir dans le blanc.

Pas facile de faire une jolie chronique sur ce roman qui est loin d’être la fiction à laquelle on s’attend, parce qu’à chaque fois, les personnages d’Amélie prennent vie pour de vrai.

Elle a ce don-là.

Ce don aussi de nous laisser entrevoir que pour elle non plus, la vie n’a pas été un long fleuve tranquille et que les baffes ne l’ont pas épargnée.

Tu sais, quand tu peux entendre couler les larmes derrière les mots, même si les larmes, quand ça coule, ça fait pas beaucoup de bruit…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.