La danse de l’ours – James Crumley

La danse de l’ours – James Crumley

Gallmeister

C’est mon premier roman de M’ sieur Crumley. J’ai lu à droite à gauche de dithyrambiques dithyrambes sur l’ouaibe concernant les héros de ses histoires. Des « héros suicidaires », alcooliques et mélancoliques. Des personnages tellement au fait de qui ils sont qu’ils ne peuvent que tenter de fuir le monde d’aujourd’hui, ce monde dans lequel la norme semble être la corruption de ceux qui sont là pour nous aider à vivre. C’est ce que je crois, parfois, moi aussi.

Donc dans ce roman, mon premier du Monsieur, le personnage principal s’appelle Milo. Milo Milodragovitch. Il a fait une première apparition dans « Fausse piste », et déjà, si j’ai bien compris, il était face à une situation qui le dépassait. Il a quarante-sept ans, et il attend son héritage. Sa mère l’a bloqué jusqu’à sa cinquante-deuxième année.

Putain, cinq ans…

Il est vigile. Dans une boite où sont employés en majorité des anciens des guerres faites par les Amériques dans les pays où les gens sont gentils mais teigneux. Du genre à se bagarrer pour de bon si tu viens dire que chez eux, c’est chez toi. Du genre avec les yeux toujours à moitié fermés, et ça, pour le coup, c’est pas net…

Il vit dans le Montana.

Et le Montana, malgré les légendes urbaines que tu connais, à savoir que c’est sans doute un des plus beaux états de l’Amérique de Donald le Canard, le Montana, donc, on s’y fait chier grave. En plus ça caille.

Heureusement, Sarah intervient pour lui filer dans les pattes une petite enquête de routine. Sarah, c’est l’ancienne maîtresse de Papa Milodragovitch. Elle guette, depuis sa maison, les allées et venues d’un couple juste en bas de chez elle. Elle veut savoir qui sont ces gens.

C’est là que ça commence. Une enquête de routine qui devient un truc hallucinant, et pas seulement parce que Milo se bourre le nez de farine à cinquante balles le gramme.

Milo, c’est pas un bon détective. C’est même sans doute un des plus mauvais que j’ai pu croiser dans les romans qu’on appelle polars.

La capacité de James Crumley à faire osciller son personnage entre le Bien et le Mal est étonnante. On se plaît à imaginer Milo et on se surprend à vouloir lui filer un coup de mains.

Surtout que Milo, comme toi, et comme moi parfois aussi, il est facile à manipuler.

Et surtout que Milo, comme moi, il reconnaît plus la forêt où il se perdait quand il était enfant. Les hommes l’ont changée, cassée, et ne pensent plus qu’à afficher leur insolence en oubliant qu’avant eux, il y avait les arbres.

James Crumley a été édité et traduit dans les années 90 chez Gallimard à la Série Noire. Quand la Série Noire avait encore des majuscules, eut égard à ceux qui y racontaient des histoires.

Sans doute parce qu’il a laissé au milieu du polar cher à Manchette une trace indélébile.

Sans doute parce qu’il est un de ceux qui ont façonné le roman noir.

Sans doute parce que chacun des paysages qui est décrit dans ce roman t’emporte dans ce Montana qu’il aime d’amour malgré tout, malgré ce qu’on est en train de faire à la Terre.

Sans doute aussi et enfin parce que le polar est avant tout un roman d’humanité.

Un polar se doit de te raconter ce que les hommes ont fait dans ces guerres inutiles dont parle aussi David Morell dans « Rambo ». Je sais, je t’en ai pas causé encore, mais j’ai un peu levé le pied. Bientôt, je t’en cause.

Donc Crumley, qui te parle aussi de ceux qui marchent sur la tête de ceux qui s’enfoncent dans les marais parce que la réussite n’est liée, là-bas comme ici, qu’à la somme dont tu disposes sur ton compte en banque.

Un vrai grand roman noir, et c’est tout ce que j’ai à dire…