Jesse le héros – Lawrence Millman
Jesse le héros – Lawrence Millman

Jesse le héros – Lawrence Millman

Jesse le héros – Lawrence Millman

Éditions Sonatine

Première parution en 1982.

Personne a fait gaffe.

Et puis les Éditions Sonatine ont décidé que ce serait peut-être pas idiot de le faire sortir de l’ombre, ce qui est quand même le comble pour un roman noir. C’est M’sieur Claro qui l’a traduit. Autant te dire qu’en terme de qualité on est assez loin du niveau quatrième qu’on croise parfois. Claro, quand tu regardes sa page Wikipédia, tu t’assois, et tu prends une bière. Ça veut dire qu’elle est assez fournie.

Alors bien sur, plein de gens l’ont lu. Pas autant qu’il faudrait, mais plein quand même.

Je vais pas te faire le pitch, et pas non plus te dire comme tout le monde que c’est un mélange de Bateman (pas le masqué, l’autre), et de Caulfield (le mec qui attrape tu sais quoi), mais putain c’est vrai que tu vas y penser.

Forcément.

Un roman à la gloire de ceux qu’on appelle les « simplets » (pas ceux de Blanche-Neige), à la gloire de ceux qu’on a tendance à ne pas voir, sauf à rire de leurs mimiques, des idées qu’ils ont, jusqu’au jour où la télévision nous montre leur visage et celui de ceux qu’ils ont transformé en burger.

Tu te souviens de Ted Bundy ?

Peut-être aussi à la gloire de ceux dont les cases qui contiennent les neurones sont remplies d’autre chose que de nos trucs à nous, d’autre chose que de notre bienséance et des règles à respecter, des frontières au-delà desquelles on devient un psycho quelque chose.

Tu vois le truc ?

Au fait, il s’appelle Jesse.

Jesse, il a un papa. Un papa qui est plus petit que ce qu’il espérait d’un papa. Parce que Jesse, il grandit, pendant que son père se tasse, et rapetisse.

T’as déjà constaté ça, toi aussi ?

Jesse a un frangin, un vrai héros, qu’est allé faire du rouge avec les jaunes (j’ai le droit, le père de ma mère était à moitié chinois) et Jesse aimerait bien faire pareil, alors il regarde la télé et s’invente une vie où il devient le Soldat, genre Cap ‘tain America, sans le bouclier.

Et puis Jesse, il doit absolument découvrir l’amour de sa vie, mais les filles, elles sont pas toujours d’accord.

C’est pénible.

 

« La ferme ! gueula-t-il. Et il flanqua une gifle à Grace. C’était une gifle censée montrer à la fille qui était le patron plutôt que lui faire mal. (…) Grace reçut le message cinq sur cinq. Elle recula. Elle semblait avoir l’habitude des gifles. Elle avait juste besoin de celle-ci pour filer doux.

Jesse sourit alors qu’elle commençait à gravir la colline. Voilà qui est mieux, dit-il. Sa nana savait maintenant qui portait la culotte pendant ce voyage. Il lui emboîta le pas. Si elle glissait, il l’empêcherait de se faire mal en tombant. Le garçon était un gentleman. »

 

Tu vois ce que je veux dire ?

Alors Jesse part pour le Vietnam, parce que finalement, c’est le seul endroit où il y a du soleil tout le temps, et pour le bronzage, c’est bien.

C’est ce qu’on appelle un roman court.

Deux cents pages, à peu près, pour te raconter un conte pas pour les enfants.

Une histoire toute sombre, et pourtant pleine de lumière.

Alors je sais que d’aucuns, encore eux, y ont vu les enfants traumatisés, les parents qui comprennent pas leurs gamins, le handicap et ses écarts de conduite, le syndrome post-Vietnam et que sais-je encore…

D’aucuns ont sans doute raison.

Moi, j’y ai vu que dalle.

Mais j’ai vu qu’il y a tout dedans.

Des mots, et toute une vie.

Entière.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.