Gran Madam’s – Anne Bourrel

Gran Madam’s – Anne Bourrel

La manufacture de livres

 

Anne Bourrel, elle a écrit une espèce d’ovni, et ça s’appelle « Gran Madam’s ».
Un ovni, parce que ça se lit à la vitesse de la lumière, genre pendant un après-midi pluvieux sur ton canapé, ou sur un banc dans un jardin public avec le vent qui souffle doucement dans les branches… Après je sais pas comment tu occupes tes après-midi lecture, ni tes soirées, d’ailleurs. Mais ce qui est sûr, c’est que tu vas l’ouvrir, et pas le refermer.

Des phrases, d’abord, qui te font toucher du doigt quelque chose qui est pourtant loin de toi. Un truc dont parle pas trop les journaux à grand tirage… Sans doute que ça les dérange, ou que ça dérange le bourgeois, qui préfère les fréquenter mais pas en entendre parler.

Ça fait quoi d’être une pute dans un bouge plus ou moins immonde ? Une pute. Tu vois ce que je veux dire ? Ils disent “prostitué” mais c’est pute le vrai mot qu’ils emploient.

Tu ressens quoi quand ton corps est bafoué par des types qui ont le pouvoir sur toi parce qu’ils ont filé un biffeton à ton mac ? Le mac, je t’explique pas. Tu sais, t’en as vu dans des films.

La réponse, tu la prends dans la gueule, pleine face comme ils disent :

« La prostitution, ça pèle un être humain. Je suis à vif. »

Et ce genre de phrases, il y en a plein. Ça tue. Ça tue parce que les mots employés sont les bons. Pas possible de les remplacer par d’autres.

Un récit fait de rencontres, de hasards, mais pas de coïncidences.

Les coïncidences, ça n’existe pas.

Bégonia tisse une toile qui nous amène, l’air de rien, à une conclusion qu’on sent approcher mais à laquelle on n’a pas très envie de croire, parce que les choses s’arrangent, et que merde !

Elle a bien mérité de vivre !

Ce à quoi on veut croire, c’est à un moment d’amour qui pourrait durer un peu plus longtemps, s’éterniser après ces 188 pages…

Mais « Le chagrin d’amour d’une pute, ça compte pour personne », alors t’es triste pour Bégonia… et tu finis par l’aimer.

Peut-être parce qu’on a tous eu envie, une fois, d’aider une de ces filles que nos yeux ont croisée au détour d’un carrefour.

Hier, j’étais pas très sûr de mon ressenti après l’avoir refermé.

Aujourd’hui, je suis convaincu que c’est un vrai texte, fort, beau, et parfaitement écrit.

Fais-moi confiance…