Et puis mourir – Jean-Luc Bizien

Fayard noir

Comment te dire… Le Corse bretonnant (ou Breton corsant, je sais plus), je le connais un peu. On s’est croisé parfois, on a causé beaucoup, et on a même bu un coup ou deux, du temps où les bars n’étaient pas encore des musées à la gloire de la socialité que tu ne peux aujourd’hui regarder que de l’extérieur.

J’avais d’ailleurs déposé une chronique gentillette sur le crotale, comme quoi, au contraire de Nine, je suis gentil parfois.

C’est juste là : Crotale

Le Bizien, il peut tout écrire, même des chansons (Sympathy for the devil, c’est lui aussi, je crois), des romans policiers, des romans noirs, des jeux…

Il fait un peu suer d’être aussi bon partout.

Pour ce roman dont auquel il est question, je me suis laissé dire qu’il avait loupé le prix du quai des orfèvres à une petite vache près.

C’est ballot.

Et puis moi, j’aime bien les zécriveurs qui prennent des risques.

Mais soyons clairs, et n’ayons pas peur des mots et des expressions toutes faites, tu le sais, les romans policiers, ça me gonfle.

Mis à part quelques-uns, peu trouvent graisse à mes yeux.

Surtout, surtout, quand le hôteur prend la décision d’utiliser les faits de la société pour y intégrer, et c’est le cas de « Et puis mourir », les gilets jaunes qui ont failli renverser notre belle république…

C’eut été facile d’en faire les personnages principaux et de sombrer dans le truc démagogique à la mors moi le nœud, mais ce n’est pas le cas. Les Gilets Jaunes sont les lampadaires qui éclairent l’intrigue d’une lueur parfois blafarde.

Je sais Ghislaine, parfois je peux écrire des jolies choses…

On va pas se mentir, éclairer un Breton et un Corse d’une lueur blafarde, c’est pas simple.

Toujours est-il que ces deux-là sont de jolis personnages, des vrais flics, avec toutes les contradictions inhérentes à des êtres humains en charge de rendre la Justice.

T’as vu, je mets une majuscule à Justice, parce qu’en fait, et en plus de l’enquête proprement dite, il est question de Justice dans ce roman. Qui la rend, qui décide de ce qui est juste ou pas, qui a droit de vie ou de mort sur l’autre, et à partir de quel moment l’acte commis devient prétexte à rendre soi-même cette justice dont il est question.

Ouais. Il y a tout ça dans ce roman.

Et il y a aussi de l’amitié, de l’amour, de la haine, des sourires et des pleurs.

Alors Jean-Luc Bizien aurait pu tomber dans la caricature, et nous mettre en face du bon, de la brute, et du truand. D’autres l’ont fait et ont été « dithyrambés » sur le ouaibe. D’aucun a mis, il m’en souvient, des migrants gentils et des pas migrants méchants dans les abords calaisiens. Il aurait pu faire ça, M’sieur Bizien. Des Gilets Jaunes gentils et des flics méchants, ou l’inverse.

Il aurait pu.

Faire couler des larmes lacrymogènées sur nos joues de lecteur, qui ne regardons, pour la plupart d’entre nous, les révolutions que sur nos écrans de télévision…

Alors donc, qu’est-ce qu’il y a pour de vrai dans ce roman ?

Des questions.

Que représente la justice face à la vengeance, qu’est-ce que tu aurais fait, toi, au meurtrier de ceux qui sont autour de toi, au violeur de celle que tu aimes, au pédophile qui a abusé des enfants que tu croises tous les jours…

Des questions.

Pas de réponses, ce serait trop facile.

Quant à moi, je sais à quel moment j’ai commencé à ne plus lâcher ce bouquin.

À la page 22.

Juste après la baffe.

Merci M’sieur Bizien, le Papa du Breton corsé, d’avoir inspiré le garçon d’une aussi belle manière…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.