Entre fauves – Colin Niel

Rouergue Noir

Je sais. Je suis pas venu sur le réseau de la société depuis longtemps. En même temps, je fais gaffe, ils ont supprimé le compte de « tu sais qui », et pourtant le mec était président des Amérindiens. C’est pas rien.

Les lions, donc. Mis en images par Colin Niel, qui semble avoir décidé, après sa carrière de scientifique, de devenir un mec qui raconte des histoires.

Tant que ces histoires, il les raconte bien , c’est plutôt cool.

La chasse, donc.

Tu sais à quel point ce truc divise le monde entier entre deux factions.

Trois, en fait.

Ceux qui chassent et qui disent que c’est bien. Ça fait un.

Ceux qui chassent pas et qui disent que c’est mal. Ça fait deux.

Ceux qui tentent de vivre au milieu des deux camps. Ça fait trois.

D’ailleurs, je parlais du réseau et des mecs qui décident qui a le droit de mettre des trucs dessus, eh bien l’intrigue de ce roman passe par ce réseau. Par une photo, plutôt, un peu comme celle que dépose délicatement Sébastien Vidal quand il pose avec les chats qu’il crucifie sur la porte de sa grange.

On sait que c’est le genre de photo qui génère le plus de commentaires sur le fameux fil de discussion… Étonnant, non, aurait dit M’sieur Cyclopède. Ça laisse quand même rêveur ! Tu vois ce que je veux dire ?

Je m’énerve pas Ghislaine, j’explique.

La gonzesse qui pose, à côté du lion qu’est mort (ben ouais, s’il était vivant, elle poserait pas, elle courrait, donc elle serait pas à côté mais devant) ; elle s’appelle Apolline.

J’en connais pas.

Des Apolline, je veux dire.

Des chasseuses non plus.

Apolline, elle aime le tir à l’arc, surtout si elle peut viser des lions ou des zèbres, ou des trucs vivants. Les cibles avec des ronds dessus, c’est pas son truc.

Un des mecs qui tombent sur la photo, c’est Martin.

Il est garde forestier. Ça veut dire qu’il garde les forêts et les animaux qui sont dedans. Les loups, les ours et les lions. Sauf que comme il est dans les Hautes-Pyrénées, des lions, il y en a très peu.

Martin, il milite pour dénoncer les chasseurs pas cueilleurs qui mettent des photos sur le ouaibe. Comme Greta Thunberg. Ah non, elle chasse pas, Greta, elle cueille juste.

Dans le livre, il y a aussi des Himbas. Les Himbas, ils ont des troupeaux de vaches, et de chèvres, qui se font bouffer par les lions.

La Namibie, c’est plus ce que c’était, d’autant qu’il y a de moins en moins d’eau, cause que le réchauffement climatique dont auquel cause Greta.

Et puis il y a Charles. Charles, il chasse aussi, mais pas pareil. Lui, il chasse les vaches et les chèvres que les Himbas mettent dans des enclos. Plus facile.

Pas con Charles.

Tu suis ?

Donc, le pitch, c’est que Martin chasse la chasseuse qui chasse Charles. En gros.

Le dernier roman que j’ai lu de Colin Niel : « Seules les bêtes ». Ce que j’en disais, c’est là :Colin Niel

Alors on peut dire que j’avais un à priori pour plus qu’un à priori pas pour.

Voilà.

Je soupçonne Colin Niel de connaître parfaitement les Pyrénées et la Namibie. Les paysages qu’il décrit sont juste époustouflants de beauté, et tu les vois dans les mots qu’il a posés sur les pages.

Ça, c’est bien.

Des ouaibeurs vont te dire qu’ils ont pensé à Joseph Kessel et à son lion, ou encore à Ernest Hemingway et à son poisson dans « Le vieil homme et la mer ».

Qu’il est une fresque grandiose « sur le thème de la vie et la mort ».

Faut pas déconner non plus.

Je vais relire David Vann et son « obscure clarté de l’air »…David Vann

Alors c’est évident que Colin Niel écrit bien. Qu’il est capable de te faire aimer et détester quelqu’un ou quelqu’une dans la même phrase.

Mais est-ce que c’est suffisant pour faire un roman dont les dithyrambes font vibrer le ouaibe ?

J’ai un doute.

Le roman choral, dont je te disais que le chanteur principal était celui qui les écrit, c’est pas donné à tout le monde. Et c’est pas gagné à tous les coups. Ça se saurait.

Faire un roman politique, avec en fond le « tourisme vert », la gestion des espaces plus ou moins protégés, en France ou ailleurs, les dégâts causés par les fauves qui crèvent la dalle à cause de nous et de nos déchets, à cause de nous et de ce qu’on fait subir au climat, pas gagné non plus…

Alors voilà.

J’aurais aimé un roman dont le soc de la charrue s’arracherait du sol.

Les changements de style, liés à l’idée que c’était nécessaire pour que les lecteurs ne confondent pas les personnages, m’ont pas mal gonflé. Faut pas prendre les lecteurs pour des c…anards sauvages.

Les « j’avoue », « en vrai » et autres « my God » de L’Apolline, en particulier.

Alors on va pas se mentir, c’est un bon polar. Mais c’est tout. Sans doute que te diriger vers les autres romans de M’sieur Niel est une bonne idée.

Ah oui, il y a un ours dedans.

Un vrai.

Un des Pyrénées.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.