Édito du 28 juin 2021
Édito du 28 juin 2021

Édito du 28 juin 2021

Édito du 28 juin 2021

 

Encore des mots. Parce que ces mots mis sur le clavier, ces mots d’humeur qui ne parlent qu’à moi m’aident à poser les tripes dont parlait Buk avant la prochaine chronique, et surtout avant les mots liés à l’histoire que j’ai commencée mais que je n’arrive pas à faire bouger. La prochaine chronique sera celle de Madeleine Stevens, et de son roman « Comme elle ». Gentiment déposé par un garçon que je connais un peu et qui bosse dans la vente de livres aux libraires. Métier sans doute passionnant à la base mais j’ai des doutes sur ce qu’il est devenu aujourd’hui. Un peu lié à la loi du marché dont nous causent les décideurs et les gens qui ont de la thune à ne pas savoir qu’en faire.

Donc, qu’est-ce qui m’a effaré cette semaine…

Étonnamment, pas grand-chose. Un peu comme si plus rien ne me surprenait du genre humain. Un peu comme si, finalement, vivre en haut de ma colline, face à des soleils couchants chaque jour différents, face à ce ciel changeant dont ont vachement bien causé les poètes, (même si chez moi, il n’est jamais « bas et lourd »), un peu comme si, donc, j’étais à l’écart de de ce qui est décrit, analysé, par les penseurs modernes dont je causais la semaine dernière.

Quand je dis « penseurs modernes », je fais de l’humour. Si les philosophes de salons et de télévision pensaient, ça se saurait.

Eh oui, Ghislaine, je continue dans ma recherche effrénée d’amitié durable et sincère, même si je sais que je ne risque rien en termes de censure puisque je cause que de choses gentilles et que je fais super gaffe de pas me faire algorithmer pour propos diffamatoires vers ceux qui nous gouvernent.

Je viens de relire « Les animaux malades de la peste ». Bon, c’est pas tout à fait juste. Je la connais par cœur, et en ce moment, cette fable me tombe dans l’esprit assez régulièrement. Va savoir pourquoi. Tu sais, les mots qui nous disent « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de court vous rendront blanc, ou noir ». Il est sans doute nécessaire de se replonger, parfois, et même assez régulièrement dans ces textes qu’on ne comprenait pas forcément à l’âge où on nous obligeait à les lire… Ces mots qui nous semblaient presque dérisoires et tellement inintéressants quand on ne vivait que dans l’attente de la prochaine bataille entre les mohicans (j’étais le dernier) et les soldats anglais avec leurs boucles ridicules.

Peut-être que les images de ce qui s’est passé à Redon m’ont blessé et laissé comme un arrière-gout d’écœurement face à ce déferlement de violence dirigé vers des mômes qui ne souhaitaient qu’écouter de la musique et être ensemble pendant quelques heures… Peut-être (sans doute) que j’ai imaginé un instant que puisqu’on fait toujours les malins en se targuant d’être le pays où sont nés et où ont grandi les droits de l’homme (je déconne), les images que j’avais sous les yeux étaient celles d’une lointaine contrée où les policiers, tout de noir vêtus, bottés et protégés par des armures de la même couleur, par des casques (de la même couleur), des gants et des tonfas (de la même…) étaient à la botte (jeu de mot) du pouvoir en place. Lequel pouvoir restait justement en place grâce au fait que le cerveau de ces policiers avait été délicatement brossé dans le sens du poil des dirigeants qui les avaient envoyés casser du matériel et du gamin musicien. Que ces policiers avaient pu oublier qu’ils avaient eux aussi des mômes qui écoutaient de la musique, voire qui en faisaient, et que celui qui (bêtement) a décidé de ramasser une grenade en se prenant pour Desmond Doss aurait mieux fait de s’acheter un cerveau avec des neurones qui se touchent, nous ont-ils dit dans le poste de télévision (je déforme à peine).

Tu vois Ghislaine, encore des copains perdus qui ne vont pas entendre le second degré, mais on s’en fout…

Et puis j’ai réalisé que Redon, c’était en France. Au pays des droits de l’homme. Que les enfants qui étaient face à ces hommes en noir avaient l’âge des premières amours, des premières révolutions, des premières contestations face à ce qu’ils vivent depuis plus d’un an… Que ces enfants avancent masqués depuis mars 2020, qu’ils ne voient pas leurs sourires, qu’ils ne peuvent pas se rouler des pelles dans la rue, comme tu l’as fait, toi aussi, au joli temps de ta jeunesse. Que ces mômes étaient face à des représentants de la loi, et que ces représentants étaient censés les protéger, pas leur foutre des pains dans la gueule.

Me suis aussi souvenu de ce texte de Lavilliers :

« Un colosse aux pieds d’argile surveille la frontière
Des gosses aux mains fragiles jouent avec la poussière,
Des veuves aux longs doigts fébriles distillent le thé,

Un vieillard au regard tranquille sort de la fumée.
Un roi perclus de solitude sur son trône dérisoire,
Un café, une pendule, un bout de trottoir,
Un réveil sinistre et drôle sur l’épaule d’un ouvrier,
Qui s’en va au bout du môle, vers l’éternité.

Les enfants qui jouent à l’ombre des matraques,
Le temps qu’il fait, six mois de prison à un maniaque,
Une étoile est tombée dans ma guitare,
Si j’étais croyant, ce serait un don du ciel.

Les rues n’ont plus de recoins, plus d’angles morts,
Ça facilite les rapports de force.
Il n’y a plus d’amoureux, plus de bancs publics,
Nous sommes éternellement bronzés,
Notre vocabulaire est réduit à 50 mots.

Nous branchons nos sexes dans le secteur,
Et nos spermatozoïdes sont calibrés et placés dans des banques.
Ils servent de monnaie d’échange aux eunuques qui nous gouvernent.

Notre société d’abondance fait merveille, il n’y a plus qu’une classe.
Quoiqu’en y réfléchissant bien il y en ait une autre,
Mais il est déconseillé de réfléchir.

Nous ne faisons plus jamais l’amour, sauf de temps en temps,
Avec les gardiens qui nous surveillent.
Le mien est frigide…

C’est la grande marée… »

Tout ça au joli pays de France, où il fait tellement bon vivre…

Pour aujourd’hui, c’est tout ce que j’ai à dire…