Dernière escale – Sandra Martineau

Dernière escale – Sandra Martineau

Éditions Lajouanie

Il y a quelques semaines, j’ai lu « Les blessures du silence ».

Si tu te souviens, j’avais bien aimé. Vraiment bien. Si tu te souviens pas, va voir. Elle a progressé, Sandra. Le mec, il te dit ça comme s’il était capable de juger… Mais bon, c’est le jeu.

J’avais un très bon souvenir du précédent roman. Sa capacité à m’enfermer dans la cave avec les filles kidnappées. Je vais avoir un très bon souvenir de celui-ci.

Ce que j’aime, c’est qu’elle a rien à prouver. Y a plein d’ôteures qui se la jouent grand style, genre je fais des phrases de quatre kilomètres, des descriptions « proustatives », et tu te fais chier grave au bout de quelques pages.

Pas elle. Pas Sandra. Je l’appelle Sandra parce que c’est le deuxième roman que je lis. On est intimes.

Joli bouquin, en plus. Jolie couverture avec des rabats, c’est chouette. T’as vu, quinze lignes, et j’ai encore rien dit.

Le pitch, comme d’hab, il est sur la quatrième de couverture :

Richard, c’est un footballeur professionnel. Le genre qu’a gagné de la thune en pagaille, et qu’a cru que ça ouvrait toutes les portes. Notamment celles qui lui permettaient de considérer les femmes comme des mouchoirs en papier. Donc scandales. Donc fin de carrière. Donc croisière de la dernière chance avec sa femme et ses gosses, sur un gros bateau genre Titanic, avec dedans des milliards de gens, et des milliards de trucs à faire. Tu vois le genre ?

Au fait, sa femme, c’est Suzanne. J’en connais pas non plus. Des Suzanne, je veux dire. Voilà. Juste assez pour te donner envie de grimper sur le bateau avec eux et de tenter de comprendre où Sandra va t’emmener. L’air de rien, Sandra Martineau grattouille là où ça fait mal. Tu sais, les défauts des gens que tu croises, ce qui te plait pas chez eux. Tous ces trucs qui t’agacent prodigieusement.

C’est là qu’elle gratte. Ces gens qui s’imaginent que le pouvoir est le but ultime, et que l’argent leur sert à l’attraper. Ils se gourent. Toi, tu le sais. Sandra, elle le sait.

Mais Richard, lui, il le sait pas. Alors il essaye de te faire croire qu’il n’est responsable de rien. Que tout ce qui lui arrive, tout ce qu’il a fait, rien n’est de sa faute.

Sandra, elle se met dans la peau de tout le monde. Elle est capable d’écrire comme un mec de trente-cinq ans, comme une nana de la même génération, puis elle passe à un adolescent de quinze ans, à une môme de huit. Et elle le fait comme si c’était facile. Je t’ai dit, elle a foutrement progressé.

L’intrigue, tu vas me dire. L’intrigue. Ben non. Tu liras. Des personnages parfaitement dessinés, dont la psychologie est fouillée, et qui t’emmènent dans les coursives du bateau. Tu les suis. T’as pas le choix. C’est pour ça que tu tournes les pages. Pour savoir ce qu’il y a derrière les portes des cabines.

Superbe intrigue, donc. Vraiment. T’as vu ? Et tu sais que les bouquins, quand ils sont pas noirs, je les trouve souvent légers et sans grand intérêt. Elle m’a bluffé, Sandra. Lucie, la sœur de Richard, kidnappée quand il était encore qu’un gosse. L’amalgame avec sa fille, parce qu’elle lui ressemble. Tout est parfaitement mis en place. La dérive de ce mec vers les berges de la folie, c’était pas gagné. C’est vraiment bien fait.

Tu vas sûrement avoir compris, toi aussi, au deux tiers du roman.

Ouais.

Et tu vas te gourer. Toi aussi.

Sandra Martineau, elle se prend pas la tête.

Elle te raconte des histoires.

T’es au coin du feu, c’est la saison, et tu l’écoutes.

Tu la regardes, parce que des fois, elle te murmure des trucs en douce, alors t’as pas bien entendu, puis tu fermes les yeux et tu te laisses emporter.

Tu vois ce que je veux dire ?

Va le chercher chez ton libraire.