China Dream – Ma Jian

China Dream – Ma Jian

Éditions Flammarion

Sorti de mon périmètre de sécurité, depuis quelque temps, je me laisse aller à lire des bouquins que j’aurais pas regardés il y a quelques mois…

Sans doute le privilège lié au fait que les livres sont à ma disposition. Que je peux les ouvrir, les feuilleter, les commencer, puis les refermer sans le regret d’avoir jeté par la fenêtre des billets de vingt balles. C’est magique comme sensation. Un peu comme un môme lâché au milieu d’un magasin de jouets qui peut les essayer tous sans risque de se tromper.

J’ai donc attrapé, au détour du rayon des nouveautés, le livre de Ma Jian.

Ma Jian, c’est un Monsieur qui a le courage de dire ce qu’il pense du régime totalitaire qui s’épanouit en Chine. La Chine, c’est chez lui. Il y est né, il y a grandi, et il en a été chassé.

T’as bien lu. Chassé.

Il n’a plus le droit d’y retourner. Ses livres y sont interdits, parce que subversifs.

Ça aussi, t’as bien lu. On est au 21e siècle, et il y a des livres subversifs…

Et oui. On n’arrête pas le progrès.

Dans ce roman, aux allures de pamphlet, donc, Ma Jian mélange la vraie vie réelle de la réalité, et celle qu’il invente.

Ce qui semble l’avoir mis en rogne, c’est le fameux rêve chinois, emporté par Xi Jinping, d’une main de fer camouflée dans un gant de soie…

D’ailleurs, mis à part quelques illuminés dont Ma Jian, personne ne semble se rendre compte des manœuvres du petit rondouillard qui rigole tout le temps. Tu sais, le pote au comique qui est accessoirement président des États-Unis…

Donc, j’ai lu assez vite ce bouquin aux allures de pamphlet, genre conseillé par ceux qui pensent qu’il est bien d’encourager les voix dissidentes. J’ai dit « voix » t’as vu, j’aurais pu écrire « voies »…

De quoi donc est-ce que ça cause, tu me demandes avec un regard gourmand.

De la vie qui va pas du tout.

De ce qui se passe en Chine, de ce qui s’est passé en Chine, et de ce qui va s’y passer si on laisse faire le fameux petit rondouillard dont je causais juste avant.

Ça cause du grand écart, réalisé parce qu’il est très souple le garçon, entre les trucs qu’on doit acheter (ça s’appelle la société de consommation), et le socialisme qui interdit de tomber dans les filets du capitalisme.

La souplesse, c’est le mot clé quand tu es dictateur.

Ça parle du « rêve chinois ». Ça parle du lavage de cerveau dont il était déjà question chez Orwell.

Alors bien sûr, réécrire « 1984 », c’est pas à la portée de tout le monde.

Sans doute là que le bât blesse.

C’est pas parce qu’on écrit un texte sur l’asservissement des consciences qu’il devient culte et universel.

Ce texte ne concerne que la Chine, et c’est sans doute là ce que je lui reproche.

Les histoires de maîtresses (douze, excuse-moi du peu), la puce neuronale, les textos, les menaces et les chantages à la photo porno, ça ne suffit pas pour faire un roman.

Les situations absurdes ne suffisent pas à fabriquer un roman.

Être exilé et écrire depuis Londres parce qu’on n’a pas le droit de retourner chez soi ne suffit pas non plus à faire un roman.

Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas écrit.

J’ai un profond respect pour l’homme qu’est Ma Jian, un profond respect pour ceux qui disent à la face du pouvoir qu’ils l’emmerdent et qu’ils ne sont pas d’accord. Un profond respect pour ces hommes debout dont Ma Jian fait partie, de façon indéniable.

Mais ça ne suffit pas pour faire un roman.

Écrire et aligner des mots ne suffit pas pour faire un roman.

Avoir écrit un avant-propos qui fout les chocottes ne suffit pas pour justifier les pages qui suivent, et la référence à Monsieur Orwell non plus. Même « s’il avait tout prédit »…

Tu veux mon mot de la fin ?

Je me suis fait suer.

Grave.

C’est tout ce que j’ai à dire…