Chien du Heaume – Justine Niogret

Chien du Heaume – Justine Niogret

Justine Niogret, je la lis, de façon plus ou moins régulière, comme une substantifique moelle de la littérature. Quand j’en ai assez des bouquins pareils que le précédent, sans style, sans grand-chose dedans, je me fais un « Niogret ». Ou un Lapertot, sauf que Lapertot, j’ai tout lu et que j’attends le prochain. Parfois, je me fais un Misha Halden, mais c’est pareil, j’attends le prochain. Il est bien évident que je pourrais te dire la même chose de Dewdney, ou de Chevalier, ou de Bouysse ou de plein d’autres, mais j’ai dû choisir pour ne pas y passer ma chronique.

J’ai donc décidé de me faire une petite balade dans le haut moyen âge revisité par Mâame Niogret.

Elle s’appelle « Chien du Heaume » la fille dont il est question dans ce roman. C’est pas un nom facile à porter, ne nous mentons pas. Le truc, c’est qu’elle ne sait pas quel est son vrai nom, alors elle le quête.

Ça veut dire que sa quête est le moteur de son chemin pour aller vers qui elle est pour de vrai. Elle porte une hache. La Hache. Celle qui lui sert à être.

Un point important. Chien, elle a tué son père. Tu te souviens du Varan ? Réfléchis.

Plusieurs personnages dans ce roman, plusieurs vies qui se croisent.

Celle du Chevalier Sanglier, tellement attachant dans son inhumanité apparente, mais tellement proche de ceux qu’il aime, la vie de Regehir, celle de Lynge et de La Salamandre. Quoique La Salamandre ressemble tellement à ces chevaliers qui hantaient les cauchemars de mes nuits de môme bercées par les voyages du Hobbit…

Des vies et des morts comme celles qui existaient sans doute à cette époque où les mecs attendaient une neuvaine pour oser embrasser la gonzesse qui leur plaisait. Une neuvaine, t’imagine ? En même temps, tu avais intérêt à être sûr de toi quand tu lui proposais épousailles.

En plus, Chien, elle est moche, petite, et de mauvais poil tant qu’elle a pas trempé sa hache dans les tripes de ses congénères. Les seuls mecs qu’elle côtoie sont les mercenaires qui la respectent pour ce qu’elle est, à savoir, la meilleure d’entre eux. Loin de l’image de la Belle au Bois, dormant ou pas, loin de ces princesses qu’on te décrit comme ces top-modélisations avec les formes parfaites et le cerveau qui va avec. Tu te souviens d’Hélène de Troie dans le film éponyme ?

Ben c’est pas elle.

Chien, elle cause pas beaucoup, elle rigole pas vraiment, et elle a pas les yeux qui font tomber les mecs. En revanche, elle te fait réfléchir grave sur qui tu es pour de vrai. Elle te fait réfléchir sur ces doutes que tu as peut-être côtoyés, le soir, au sortir d’une journée où tu avais marché sur tes rêves de gosse. Tu te souviens ?

Un des personnages étonnants de ce roman, c’est donc La Salamandre. Une espèce de Mort baladeuse, crainte par les guerriers qui la croisent. Tu vas entendre les os se briser et les chairs se déchirer, tu vas sentir l’odeur du sang, parce qu’une des particularités de ce roman, c’est aussi que Justine Niogret t’emporte au cœur de cette époque où tout était lourd à porter.

D’aucun ont écrit sur ce roman court qu’il avait des défauts de « jeunesse ». Ben ouais. D’aucun est très con parfois. Parce que ne pas déceler dans ce texte les qualités de celle qui écrira « Le syndrome du varan » quelques années plus tard, ou « La viande des chiens, le sang des loups », c’est ne pas savoir lire. Ne s’attacher qu’à ce que les autres vont retenir, et c’est dommage.

Ne pas déceler l’humour et la noirceur de ce roman hors des normes et n’y voir qu’un texte sur le Moyen-Âge, c’est aussi dommage que continuer à imaginer que Franck Bouysse doit rester sur le rayon polar de la librairie.

Ne pas déceler la poésie qui transpire, goutte après goutte, sur les lignes que Niogret t’offre à lire, c’est continuer à imaginer que Villon est seulement le poète de « La ballade des Dames du temps jadis » et oublier que les corbeaux ont cavé les yeux des pendus.

Alors n’y voir qu’un roman sur le Moyen Âge c’est ballot.

Relis la onzième ligne de cette chronique.

La quête de sa propre identité, à travers le « Non du père ».

Bien sûr que ça pue. Bien sûr que ça jure, que les entrailles fouaillées par la hache de Chien font du bruit en tombant sur le sol. Mais c’est comme ça que ça se passe dans la vraie vie.

Quand tu fouilles, parfois, ça pue.

Je sais, c’est pas grand-chose, mais c’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.