Ce qui est monstrueux est normal – Céline Lapertot

Ce qui est monstrueux est normal – Céline Lapertot

Editions Viviane Hamy

Comment te dire ce livre ?

Comment te dire cette histoire ?

L’histoire de Céline Lapertot, racontée par une môme de huit ans, puis par l’adulte qu’elle est devenue… Une petite fille bercée face au mur d’une enfance massacrée et violée par un « beau » père analphabète et brutal. Le genre pédophile et alcoolique.

Les deux, c’est plus simple, parce que l’un justifie l’autre au regard des potes.

Ah bon, tu leur dis pas aux potes que t’es alcoolique ?

Bercée devant un mur si haut qu’on ne peut pas voir de l’autre côté.

Tu sais, toi aussi, que faire face à son passé peut être un sport de combat.

Le problème, c’est que si t’es pas ceinture noire, tu risques de te faire casser la gueule et d’avoir du mal à te remettre sur tes pieds. J’ai tendance à penser que Céline Lapertot est ceinture noire.

Tu vas essayer de croire que c’est une fiction, parce que quand même, parce que c’est « encore un romancier qui écrit sur l’inceste » et que ça commence à bien faire.

On cause plus que de ça dans les familles, dans les journaux, dans les réseaux de la société, et tout ça tout ça…

Et non.

T’as faux.

T’as tout faux.

Céline Lapertot, elle écrit sur la vraie vie de la réalité. Sur sa vraie vie.

Sa vie d’avant qu’elle soit une prof qui donne à ses élèves le goût de lire, et d’apprendre, et puis une Maman. J’ai mis une majuscule à Maman. Parce qu’il y a les vraies Mamans, et puis les autres.

Celles qui regardent sans rien dire.

Celles qui écoutent sans rien faire.

Celles qui préfèrent se boucher les oreilles pour ne pas entendre et se cacher les yeux pour ne pas voir. C’est ballot pour la petite fille, mais c’est pratique pour celle qui regarde ailleurs.

Elle écrit sa vie d’avant qu’elle soit heureuse, un peu, dans la famille qui l’a accueilli avec de l’amour plein les bras et des sourires dans le cœur.

Elle écrit sa vie de petite fille pour qui la pisse de chat était l’odeur caractéristique des endroits où vivaient les humains…

La gosse qui imagine que le comportement des adultes auquel elle fait face chacun des jours de sa vie est un comportement « monstrueux mais normal ».

Une « Maman » qui a grave les chocottes face à l’homme qui boit et qui cogne si on n’est pas d’accord. Un mec « normal et monstrueux » qui regarde une petite fille grandir et qui passe le doigt dans sa culotte, pour vérifier sans doute qu’aucun phallus ne lui pousse et qu’il va pouvoir continuer à abuser de cette petite fille qui ne dit rien, à personne.

De toute façon, personne ne la croirait.

Sans doute qu’il n’y a pas si longtemps qu’on commence à croire les petites filles qui disent le Mal et la douleur.

T’attends pas à trouver un roman, encore un, avec des mots réjouissants sur la résilience comme dans les bouquins de ceux qui font de la psychoromance, genre tu lis et après tu vas bien.

C’est pas ça.

J’ai lu quelque part, avant de le lire, que ce texte était un long cri plein de rage.

Sans doute aussi.

Mais…

Mais et si ce cri, finalement, n’était qu’un murmure qui vient clore les hurlements que Céline Lapertot a déjà poussés dans ses précédents romans ? Ses hurlements de rage face à la violence faite aux femmes, les larmes qu’elle aurait voulues verser sur les souffrances de toutes les petites filles qui pleurent en silence, le soir, en entendant le bruit des bottes de celui qui pousse la porte de leur chambre.

C’est un livre court, sans doute, et d’aucuns diront que « pour un roman, quand même »…

Ces d’aucuns là, après la dernière page tournée, sauront ce qu’est « poser ses tripes sur le clavier ».

J’aurai pu te mettre un extrait, pour te faire attendre la sortie officielle de « Ce qui est monstrueux est normal », mais j’ai pas envie.

Je te ferai un petit rappel pour que tu ailles le chercher au joli mois de mai, pour que t’oublies pas.

Compte sur moi.

Les vrais livres sont suffisamment rares pour que je t’en cause.

C’est tout ce que j’ai à dire sur les maux écrits par Céline Lapertot.