Cari Mora – Thomas Harris

Cari Mora – Thomas Harris

Éditions Calmann-Lévy

Tu te souviens, évidemment, comme environ 1 milliard de personnes, d’un mec au sourire ravageur, psychiatre de surcroît, que ses amis appelaient Hannibal…

Tu te souviens de Clarice Starling, la petite nana surdouée qui bossait au Bureau Fédéral des Investigations des États Unis d’Amérique ?

Donc ça veut dire que tu te souviens aussi des agneaux qui faisaient rien qu’à chialer pendant tout un film sur les notes presque magiques des Symphonies Goldberg ?

Voilà. Tu y es.

Le mec qui a foutu la trouille au monde entier avec un bouquin de recettes, c’est lui. C’est Thomas Harris.

Six bouquins depuis 1975.

Six, c’est pas beaucoup.

Tu sais aussi comme moi que d’autres ont essayé de refaire la même chose mais que personne n’a vraiment réussi, n’en déplaise aux copycats de la littérature.

Thomas Harris, il vient de sortir un nouveau roman.

Tu peux imaginer mon excitation quand j’ai ouvert le carton ?

Tu peux imaginer avec quelle délectation je me suis rué sur la page numéro un du livre, puis sur la page deux, puis trois, et puis sur les autres ?

Toutes les autres.

D’abord, quand on te dit qu’il a mis plus de dix ans à écrire ce roman, c’est une arnaque. Les faits qu’il a relié à cette histoire datent de 2016. Un coffre-fort a disparu après la vente de la maison de Pablo Escobar.

2016, pas 2006.

C’est pas grave, mais c’est un peu pénible d’être pris pour une truffe.

Donc une vague histoire de lingots d’or planqués dans une villa à Miami, c’est le pitch. Cari Mora, c’est l’héroïne. C’est une nana genre Nikita, en mieux. Elle a été capturée par les Farc colombiennes quand elle était petite. Les Farc, c’est bien. Ça te forme un môme beaucoup mieux que Montessori.

Hans-Peter, c’est l’autre pendant du Bien et du Mal, cher aux intellos de tous les bords qui vont hurler au génie.

On retrouve le pote d’Hannibal, coincé dans un poumon d’acier à plus de mille bornes de l’action. Je sais. Moi aussi je l’aimais bien ce personnage, mais il est mort, Nom de Dieu !

Pourquoi tu l’as ressuscité M’sieur Harris ?

Par facilité ?

Je résume.

Dans ce roman, Hannibal Lecter n’est pas là.

« Cari Mora » est donc le nouveau personnage que le monde entier va désirer et s’approprier. Disons que c’est le but.

Elle a un côté « Fille aux dragons tatoués » que tout le monde va forcément remarquer. Même les dithyrambiques dithyrambeurs habituels.

Mais n’est pas Lysbeth Salander qui veut…

Je vais pas te mentir, je me suis fais suer.

La description de la maison d’Escobar frôle gravement le ridicule. N’oublie pas, lors de ton prochain séjour chez Ikéa, de demander les meubles sexuels…

Cari, elle sait tout faire. La soupe de rat, notamment. Ça me fait pas super envie, et pourtant, je suis un épicurien.

L’action avance, cahin-caha, vers une conclusion sans grand intérêt, mais jusqu’au bout, j’ai espéré.

Même le crocodile soufrant d’indigestion ne m’a pas fait vraiment rigoler.

Je te parle pas du coffre à ouvrir, c’est le truc le plus suspensique du roman.

Tu verras.

Un truc. Le méchant, il est chauve. Ça fait peur les chauves.

Surtout ceux qui font du trafic d’organes et qui fondent les gonzesses dans une baignoire spéciale.

Très peur.

Moins que les clowns, on va pas se mentir, mais les clowns, c’était déjà pris.

Finalement, trop de riens dans ce roman. Un mec qui a une tronche de pénis à lunettes (j’invente rien), et qui permet au livre de Monsieur Harris de passer du côté Nosferatu, donc comique, de ces vieux films d’horreur qui n’ont jamais fait peur à personne tant le ridicule des personnages et des situations ne pouvaient que mener au rire… Je te parle pas de la machine à incinérer écologique.

Je t’ai vu, t’as rigolé.

Et pourtant, quelques envolées où j’ai retrouvé l’écriture croisée dans « Le silence des agneaux », par exemple quand les vautours se perchent sur les épaules du mort et lui dévorent les parties tendres du visage, tandis que ses dents retiennent toute la lumière…

Tu risques d’avoir, comme le crocodile sus-cité, un peu mal au ventre quand tu vas penser à la vingtaine d’euros nécessaire pour te plonger dans ce « thriller terrifiant ». Ça s’appelle inconfort intestinal.

Tu verras, ça dure pas.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.