Biotope – David Coulon
Biotope – David Coulon

Biotope – David Coulon

Biotope – David Coulon

Éditions Cosmopolis

 

Il y a quelques jours, j’ai lu le précédent roman de David Coulon. Ça s’appelle « trouble passager ». J’en ai pas dit grand-chose, parce que je n’ai pas adhéré du tout à l’histoire, pas adhéré du tout au style, pas adhéré du tout au roman, en fait.

Quand je n’adhère pas « du tout », je raconte rien.

Suis pas très fan de dire du mal pour dire du mal, surtout quand j’ai rien de particulier à dire. Je sais que les ouaibeurs ont dithyrambé, comme d’habitude, « et merci aux éditions machin, et aux éditions truc pour la confiance qu’ils me font en continuant à m’envoyer des bouquins, il faut que je me rachète des Billys, mais comme ça coûte pas trop cher et que je me fous de la forêt primaire de Sibérie, je suis très content » (ou contente, ça dépend).

Je râle pas Ghislaine, j’explique.

Alors voilà, comme dit le toubib.

Hier, j’ai fini, après une grosse journée de lecture, ce « Biotope ».

Que te dire…

Il y a un des deux personnages, dans « True detective » (la meilleure série du monde et de l’univers connu) qui dit, à peu près :

« Il faut quand même un putain d’orgueil démesuré pour tirer de la non-existence une âme qui n’a rien demandé, pour en faire un morceau de viande à mettre dans le broyeur. »

Voilà.

C’est à peu de choses près ce que tu vas ressentir à la lecture de ce roman que d’aucuns (encore eux) appellent chef d’œuvre ou coup de cœur.

Encore une fois, et c’est donc pas la première, j’ai pas été happé par le style. Des phrases qui s’enchaînent, des paragraphes et des retours à la ligne, sans doute pour accélérer la lecture et te transformer en apnéïste.

Sans doute.

Sans doute aussi qu’il faut quand même un putain d’orgueil démesuré pour sortir des limbes ce roman en annonçant qu’il est celui qui va changer la façon d’écrire des auteurs de romans noirs (je n’invente rien, je l’ai lu).

Alors on va pas se mentir, j’ai passé un bon moment. Long moment, mais bon moment. Mais long.

La mise en abime du personnage est bien réalisée, et tu vas te mettre deux secondes (ou deux minutes, c’est selon) à sa place. Tu renverses un môme, surgi lui aussi des limbes du bord de la route, et t’as rien vu venir. Le môme, il n’est pas que renversé, il est mort aussi.

Comme tu sais que si tu appelles la police, ou une ambulance (donc la police au final), tu vas finir dans une cage, la même que celle où on met les chiens abandonnés par ceux en qui ils avaient toute confiance, tu décides de maquiller le truc, et de te casser avec le môme dans le coffre.

Je te dévoile rien, c’est dans les premières pages.

Alors la prison, et les joies des balayettes de chiottes.

Tu verras.

Alors le style.

Trash, je crois que c’est comme ça qu’on dit. Trash et descriptif comme ces séries sur Netfixation qui font de la dissection un sport de compétition.

C’est aussi simple que ça.

Pas sûr que ça m’ait amusé des masses.

En revanche, ce qui est sûr, c’est que j’aurais pu fermer le roman, aller vomir un coup, et reprendre des pâtes.

Je l’ai pas fait.

J’ai lu. J’ai voulu voir jusqu’où l’humain peut aller dans l’idée de vengeance, et voir jusqu’où j’irai, moi, s’il arrivait quelque chose à un de mes autour de moi.

Tu l’as dit, toi aussi.

Tu te souviens ?

Si jamais quelqu’un faisait du mal à mes enfants, à mon amour, à mes parents, je pourrais le tuer. Le tuer et le faire souffrir jusqu’à ce que la mort l’emporte en rigolant.

T’es sûr ?

Réfléchis bien et va lire ce livre, tu verras si tu changes d’avis. Tu verras si la vengeance, plutôt qu’une rédemption, n’est pas plutôt le chemin plein de cailloux où tu marches pieds nus en attendant la descente aux enfers.

Tu verras si quand tu hurles à la face de notre société qu’elle ne fait pas son boulot, tu verras si tu penses être capable de devenir à la fois celui qui juge, et celui qui punit.

Tu verras.

Quant à moi, c’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.