Bienvenue à Cotton’s Warwick -Michaël Mention
Bienvenue à Cotton’s Warwick -Michaël Mention

Bienvenue à Cotton’s Warwick -Michaël Mention

Bienvenue à Cotton’s Warwick – Michaël Mention

Éditions Ombres Noires

 

Bon. J’imagine que toi, contrairement à moi, t’as plein de temps pour aller sur les salons du livre. T’as de la chance. Moi, j’y vais pas souvent, parce que dans le Sud, on a du soleil, et puis on a la mer, et puis tout ça, ce qui fait que les salons, bon, y en a pas des masses. Donc, si tu suis mes pérégrinations, t’as vu que je suis allé au Lavandou. J’ai vu des gens, et puis j’ai récupéré des livres aussi. Normal. Salon du livre, tu récupères des livres, pas des photos. Les photos, c’est sur les salons de la photo. Je sais, comme d’hab, je m’égare.

Tu connais la chanson « Blackbird Song » de Lee DeWize ?

Va l’écouter, et après je te dis pourquoi. C’est là : Blackbird song

Voilà.

Quand j’ai eu fini ce roman, j’ai immédiatement pensé à ce morceau et à cette voix cassée qui te dit d’emballer tes affaires, et puis de te casser. Sans doute parce que dans le roman de Michaël, personne peut se barrer, et toi non plus quand tu l’auras commencé. On est tous coincés au milieu de nulle part. Et nulle part, question qualité de vie, ça reste très aléatoire.

Vite fait, je te présente le début de l’histoire, pour une fois. 17 habitants. 16 mecs, qui descendent en droite ligne du porc de « Délivrance ». Tu l’as pas vu ?

Ben ouais, mais je peux pas refaire ta culture ciné, on va manquer de temps…

Quand t’auras lu le bouquin, tu comprendras.

Donc 16 types, consanguins, sans doute, tarés, sûrement, et Karen. Ils vivent dans un bled qui s’appelle Warwick. 16 type qui pensent pas comme toi et moi. Ils réagissent, c’est tout, à l’instinct. T’imagine le Paradis pour la fille ? Y a Dieu qui regarde, et qui se marre… ou le Diable, je les confonds tout le temps.

C’est mon premier roman de Michaël Mention (je sais que j’ai des lacunes, c’est bon…)

C’est lui qui me l’a conseillé, comme son texte le plus abouti, et je comprends. C’est un roman noir qui va te faire sentir le vomi et la merde à t’en boucher le nez, et c’est justement ça qu’est bon. Ce mec, il écrit comme certains vrais écriveurs que j’ai croisés au cours de mes lectures. Je pense à James Dickey (Délivrance, suis un peu) et c’est un grave compliment. J’en fais pas souvent, des compliments comme ça. Ce mec, il écrit grave bien, et il écrit pas avec un clavier, il écrit en mettant ses boyaux sur le clavier, l’air de rien, sur un fond de musique rock. C’est un grand moment de lecture. Vraiment.

Chacun des personnages qui peuplent l’histoire qu’il nous raconte existe pour de vrai. Tu le vois, tu l’entends, et parfois, ça sent pas très bon. Je t’ai pas dit, mais les femmes, toutes, elles se sont dézinguées, en groupe, genre suicide collectif. Ça pose le truc, non ?

Tu vas avoir chaud, toi aussi, tu vas transpirer et puer la sueur, toi aussi, parce qu’il y a pas de raison qu’il y ait que moi qui sente pas bon après ce bouquin. Tu vas toi aussi ouvrir grand les yeux, et tu vas tourner les pages, parce que t’auras pas le choix.

Tu vas frôler la perversité, et elle va te gratter juste là où c’est pas agréable, parce que tu croyais pas ça possible, parce que t’imaginais pas qu’un mec pourrait écrire aussi bien sur ce qui est tellement mal. Tu vas te demander à qui la faute, ou à quoi. Tu vas accuser la misère, tu vas accuser la solitude, l’alcool un peu, la chaleur, aussi, et puis tu vas accuser « pas de bol », parce que finalement, c’est sans doute lui le responsable.

Tu vas boire des litres de flotte aussi, parce que dans ce désert australien, il y fait sacrément chaud.

Tu sais, parfois je te dis que j’aime les romans noirs qui le sont vraiment, ceux qui revendiquent le caniveau, comme Zola ou Poe. On est dedans. Pour de vrai. T’es dans le caniveau et tu vas pas pouvoir en sortir parce que l’eau qui y coule est gluante et que le bord du trottoir est trop haut.

Un peu comme si Cotton’s Warwick était un amalgame de tout ce qui nous définit en tant qu’humains grave pourris. Tu sais, ceux qui saccagent la Terre et qui se foutent des animaux, de ce qu’ils vont laisser à leurs gosses juste après. Ces humains-là.

Ben voilà.

Si tu l’aimes pas ce roman noir-là, abonne-toi chez Harlequin, tu vas adorer.

Ah oui, un truc.

Ce mec, il a un vrai style, et c’est rarissime. Il écrit et les mots sont juste à leur place pour pas bouffer celle de l’histoire qu’il te raconte.

En résumé, tu vas avoir chaud aux fesses, et ça t’apprendras à t’asseoir sur les cuisses d’un mec quand il fait plus de 50° et que ce mec il bouffe du sanglier et du kangourou à tous les repas.

J’ai dévoré ce roman, vraiment, alors va le chercher, toi aussi, et profite…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.