Betty – Tiffany McDaniel

Éditions Gallmeister

 

Je sais ce que tu vas me dire. L’ensemble de la presse, la totalité des blogueurs (ou presque, j’imagine), le monde entier (celui qui peut s’acheter des livres, ça réduit le nombre), et finalement la galaxie toute entière, tous ont été éblouis par ce roman.

C’est chouette.

Ça veut dire que quand tu dépenses tes vingt-six euros et quarante cents, tu es sûr que ces quelques heures passées en la compagnie de M’dame McDaniel vont être du pur bonheur…

Donc, c’est chouette.

Le pitch, on va s’en passer, ou alors tu es le seul de la planète entière à ne pas être au courant, et dans ce cas très précis, je ne peux rien pour toi.

Ce qu’il faut savoir, c’est que dans ce bouquin, il y a du racisme, du féminisme, de la poésie (pas celle de Vénus Khoury-Ghata), le calvaire du Christ, de l’inceste (ben oui, il en faut un peu dans le roman noir), de la violence, de la nature, et de la lumière (il en faut un peu aussi, pour mieux voir la noirceur), tout ça tout ça.

En même temps, il fait plus de sept cents pages, fallait meubler.

Il y a donc un message dedans, voire plusieurs messages. Des messages un peu faciles, du genre que ma tante assène à longueur de réveillons. Ma tante, c’est la mère de Ghislaine.

Puis il y a le Papa dedans. C’est sans doute lui qui allume la lampe tempête au milieu de l’orage de ce roman.

Je sais, c’est beau.

Alors des morceaux qui ont fait pleurer dans les chaumières :

« Devenir femme, c’est affronter le couteau. C’est apprendre à supporter le tranchant de la lame et les blessures. Apprendre à saigner. Et malgré les cicatrices, faire en sorte de rester belle et d’avoir les genoux assez solides pour passer la serpillière dans la cuisine tous les samedis. »

Tu vois, c’est juste un peu facile.

Le racisme qui est tellement raciste que dans le dictionnaire, il y a le PDF du roman à la place de la définition.

L’enfance qui est tellement innocente que pareil, il y a la photo de la couverture du roman à la place de la définition dans le Larousse. L’enfance, qui à quatre ans, est capable de te donner son avis sur tout… T’y crois, toi, à quatre ans ? Pas moi.

Et puis ça saigne tout le temps.

Pendant les agressions, pendant les viols, pendant les avortements, comme dans la vraie vie, en quelque sorte.

Je sais pas si c’est pas ça aussi que j’ai trouvé un peu pénible…

Sans doute.

Et puis moi, j’en suis resté au talent de Monsieur Victor quand il nous raconte la vie des Misérables, et qu’il nous explique, du haut de son nuage, qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on raconte sur internet.

Sans doute pour ça aussi.

Un autre petit extrait :

« Tu as violé Fraya parce que tu l’as voulu. Lui voler sa force était la seule façon pour toi de te sentir important. Tu n’es rien qu’un minable, un lamentable raté. Tout comme Grand-Père Lark. Tous les deux, vous vous êtes nourris du pouvoir des petites filles et des femmes dans votre vie, parce que ni l’un, ni l’autre, vous n’aviez de pouvoir à vous. »

C’est beau comme du Simone de Beauvoir.

Alors des prix en pagaille, parce qu’il faut bien. Il a été comparé à « My absolute darling », je crois (je suis même sûr) par la fameuse revue qui est comme une bible sur l’Amérique et sa littérature. C’est dire.

Alors bien sûr que la qualité de l’écriture ne peut pas être remise en question, notamment quand elle nous raconte le père. Des moments de presque pur bonheur, mais là encore, trop facile et destinés à nous tirer la goutte à l’œil…

Une première partie trop longue, où je me suis un peu fait, comment dit-on, chier, en quelque sorte, jusqu’à la page 400 ou à peu près.

C’est un peu longuet, comme disait le ver solitaire.

Ça m’a fait penser que j’avais déjà perdu la moitié de mes vingt-six euros…

Pour conclure, parce qu’il faut conclure, même si ce roman ne peut pas être qualifié de « mauvais », et loin s’en faut, j’ai eu un peu de difficulté avec ces dithyrambes ouaibiennes et journalistiques.

J’ai rien compris, sans doute et encore, à ce qui fait la grande littérature…

J’en suis resté, encore et toujours, à David Vann, et à « L’obscure clarté de l’air ».

C’est tout ce que j’ai à dire, malheureusement, sur ce roman.