Bacchantes – Céline Minard

Bacchantes – Céline Minard

Rivages

Je t’explique. Ce texte (je peux pas appeler ça un roman), je suis tombé dessus par hasard. Dans le sens où j’ai lu Euripide quand j’étais petit, qu’il ne m’a pas laissé une empreinte extraordinaire, parce que les classiques, je vais pas te mentir, parfois, j’ai eu du mal, et puis voilà.

En plus, Gérard m’a dit « Minard, c’est bien. »

Comme il était assez péremptoire, parce qu’il est coutumier du fait, je me suis dit que se fader la centaine de pages de ce bouquin de chez Rivages, je devrais ne pas perdre complètement mon temps. Ouais.

Je viens de lire les chroniques des journalistes de la culture sur ce « texte ».

Bon Dieu, comme dirait un des personnages de Franck Bouysse, dans son dernier roman, on n’a pas lu le même bouquin !

Je t’explique, avec un petit extrait :

« Minard la surdouée semble avoir décidé de s’attaquer cette fois à un motif récurrent du genre noir : le braquage. Elle y met plus que du brio : une énergie hyperbolique, une élégance inouïe, une aptitude époustouflante à construire une phrase qui dans un même mou­vement épouse la beauté du monde et en ­révèle la noirceur. »

Ah ouais… Là, tu te dis que c’est du sérieux ou que le mec il s’écoute grave écrire.

Un autre, pour le plaisir :

« Céline Minard irrigue son casse de dizaines de détails, jouant sur notre sentiment d’incongruité, soufflant le rire un instant et le sérieux potentiellement mortel au suivant, traitant les moments irréels comme s’ils étaient parfaitement réels, logiques et documentables, parvenant à opérer au cœur même des paragraphes et des phrases une véritable mutation de son écriture, devenue dionysiaque au sens propre, pour parvenir à renverser ici un monde apollinien capturé par la finance et la puissance. Et c’est ainsi que « Les Bacchantes » marque une nouvelle étape exceptionnelle dans l’un des parcours littéraires les plus passionnants de ces dernières années, et offre un vrai régal à la lectrice et au lecteur. »

Nom de Dieu…

Je ne comprends vraiment rien à la littérature. Pourtant, je fais des efforts, je te jure, mais là, je suis désemparé, désarçonné, voire stupéfait…

Je te raconte l’histoire, un peu, juste pour que tu comprennes de quoi il est question.

Des filles, une cave à vins, un mec à poil qui leur apporte des produits de beauté.

Voilà.

Ah oui, les bouteilles de la cave à vins sont les otages des filles.

Je précise, et ce n’est que mon avis, que quand l’auteur décide de pisser dans une bouteille de Romanée-Conti 1969, t’as deux solutions.

Ou il y arrive, ou il pisse à côté.

S’il pisse à côté, tu t’en mets plein les doigts quand tu prends la bouteille.

S’en mettre plein les doigts, c’est pas forcément ce que recherche le lecteur. Pas moi, en tout cas.

Tu sauras pas comment les filles dont il est question ont réussi à investir cette cave mieux protégée que le Palais de l’Élysée en ce moment.

C’est pas le sujet.

Tu sauras pas pourquoi elles ont décidé de jouer au bowling avec les grands crus, mais pas les plus chers.

C’est pas le sujet.

Tu sauras rien de la vie de ces filles avant cette prise d’otages.

C’est pas le sujet.

Tu sauras rien non plus de Coetzer et de Marwan Cherry.

C’est pas le sujet ?

Non. Tu vois, tu commences à comprendre.

Tu sauras rien de la folie et de pourquoi elles sont arrivées là, enfermées au milieu de ces bouteilles dont tu as peut-être rêvé un soir, face à ton Bordeau millésime 2017…

J’ai eu la furieuse sensation de m’être fait arnaquer.

Que Madame Minard, que je ne connais pas, et dont j’imagine que nos relations en resteront là, avait surfé sur quelque chose, comme cette espèce d’absurde et soi-disant connaissance des sachants et que ceux qui comme moi, se contentent de lire ne peuvent pas comprendre…

Jim Harrison disait, si je me souviens bien, « Pour comprendre le monde, j’écris sur lui. »

Elle n’a écrit sur rien, ou en tout cas, pas sur mon monde à moi.

C’est tout ce que j’ai à dire…