Au nom du père – Éric Maravélias
La série noire – Gallimard

 

Tu sais que je connais Eric Maravélias depuis une paire d’année.

C’est toujours difficile de donner un avis sur le texte de quelqu’un que tu connais et qu’en plus tu apprécies. Ceci posé, il n’a jamais hésité à me remettre dans mon périmètre quand je lui ai envoyé ce que je déposais avec beaucoup d’ego sur le clavier. Donc, aimer ou ne pas aimer son dernier roman a finalement assez peu d’importance aux yeux d’un mec qui a décidé de se détacher de ces milieux assez puants des réseaux sociaux et de l’édition.

Peut-être que tu te souviens de « La faux soyeuse », un premier roman qui éclairait, un peu comme les étoiles dans le ciel peuvent parfois t’aider à marcher tout au fond de la nuit, ceux qui se laissent tenter par la facilité du monde meilleur promis par l’héroïne.
Un premier roman d’une poésie étonnante si on se réfère au sujet abordé. Comme quoi, quand tu te laisse prendre par les mots pour parler de tes maux, tu n’as rien à prouver à personne.

Quand il a annoncé son second roman, avec la colère liée à ce qu’en avait fait son éditeur, notamment sur la quatrième de couverture, j’ai hésité. Hésité à le prévoir dans mes lectures. Comme une envie de rester relié à lui par « La faux soyeuse », et par les quelques écrits que j’ai pu lire de lui à droite et à gauche.

Sans doute que j’aurais dû.
Tu sais que les histoires de mafia, de caïds, de gonzesses parfaites dans leurs proportions, ça m’emmerde grave. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire si ce n’est pas pour dire…
Il a mis six années pour être satisfait de ce qu’il souhaitait partager avec ses lecteurs. Six années pour le peaufiner, comme disaient les tanneurs, et pour en faire un objet littéraire qui serait conforme à ce qu’il avait à dire. Je suppose donc que ce que j’ai eu entre les mains est bien le roman qu’il voulait partager.
C’est là que ça blesse.

J’ai adoré, pour de vrai, des films comme « Blade Runner ». Ce genre de dystopie me ramène au moment où j’imaginais le futur comme quelque chose de différent du présent. Même si j’ai un peu changé d’avis en grandissant… J’ai adoré l’atmosphère de brouillard, de pluie, transmise par ce film, pas celle proposée par ce roman. Les bruits et la violence partagés à travers les images. Les personnages creusés jusqu’au fond d’eux-mêmes, leurs cruauté, et leur empathie parfois, l’incompréhension qui jaillissait de ses cœurs de robots devenus humains.

La difficulté, quand tu aimes « Blade Runner », c’est que le reste de la production, livresque ou cinématographique, te paraît un peu pâlichonne.
Il est bien évident, et c’est comme d’habitude, que ce que j’écris ne concerne que moi.
Donc, quant à ce « Nom du père », il me paraît pâlichon.
Grave pâlichon.
Bien sûr qu’il y a des moments de plaisir, de presque poésie, bien sûr qu’Éric Maravélias sait écrire et qu’il n’a rien à prouver à personne, bien sûr. Mais bien sûr aussi que j’aurais aimé que cette écriture soit plus proche des personnages et de l’histoire qu’il nous raconte.
Rien de ce qui a été mis en place dans le premier chapitre n’a évolué pour un twist final qui aurait pu me surprendre, et c’est là aussi que j’ai été déçu. Dante et Falcone, le Macédonien et l’Albanais, le père et le fils, tout est cousu de fil blanc, sans surprise, jusqu’au chapitre final.
J’ai pendant toute cette lecture espéré autre chose, autre chose que des hasards fabriqués par l’auteur, donc par le Dieu de ce roman, puisque c’est lui qui décide, autre chose que des rencontres faciles et des personnages tellement surjoués qu’ils en deviennent presque drôles dans leur caricature.
Autre chose que des situations mises en place par le romancier pour arriver à ses fins…
Autre chose, enfin, que des scènes vues et revues, lues et relues à travers la production dystopique de l’édition, autre chose, finalement, que des pages remplies pour le plaisir de les remplir.
Pourquoi, enfin, faire accéder des personnages tout à fait secondaires, et qui n’ont pas capacité à devenir autre chose que des personnages secondaires, à des paragraphes entiers de descriptions sans grand intérêt mis à part, là encore, le fait de remplir des lignes.
L’histoire de Moustique, au hasard, et de son pote Boris, qui ne servent qu’à fabriquer la scène finale mais qui n’ont, eux non plus, aucun rôle autre que celui des heureuses coïncidences fabriquant une espèce d’apothéose presque triste dans son manque d’intérêt.
Pour conclure, parce que le profond respect que j’ai pour l’auteur de « La faux soyeuse » m’interdit d’en dire plus, j’attendais tellement de ce roman, que j’y ai sans doute mis trop d’envie.

Le titre m’a fait espérer une approche psychologique que je n’ai pas trouvée au cœur de ce récit, et c’est tellement dommage.

Arkan aurait tellement gagné à être « écrit », fouillé, mal compris puis fouillé encore…
« Le nom du père » aurait tellement gagné à être plus proche des mots et moins proche de l’envie de bien faire…

C’est et ça restera sans doute un vrai bon roman. Distrayant, facile à lire, et comme disait Manchette, une valeur presque sûre. C’est pas un mince compliment quand tu sais dans quelle estime je tiens JiPé.

Il va trouver, parce que c’est mérité, ses lecteurs et c’est tant mieux. Tant mieux parce que la production littéraire frôle souvent le niveau de la mer, mais je persiste à penser qu’il lui manque la substantifique moelle que j’aurais voulu y trouver.

C’est, malheureusement, tout ce que j’ai à dire sur ce roman.