L’homme posthume – Jake Hinkson

L’homme posthume – Jake Hinkson

Gallmeister – Néonoir

« Je laissais tomber le téléphone, et me mis à courir. Je sortis de mon bureau, traversai le hall, descendis l’escalier.

Ma voiture était garée à sa place habituelle. À l’endroit précis où je l’avais laissée. Les branches des arbres se courbaient dans le vent et les feuilles giflaient un ciel qui avait perdu ses couleurs. »

Voilà. T’as tout dans les mains pour comprendre l’histoire.

C’est le piège.

Le piège parce que quand tu vas commencer ce bouquin, tu vas pas le lâcher. Tu vas aller au bout de cette journée et tourner les pages les unes après les autres.

C’est le deuxième bouquin de Jake Hinkson. Ça veut dire que mardi, je suis chez le libraire pour commander le premier, chez le même éditeur.

Pour voir.

Ça m’a rappelé ces titres de la série noire que je dépose patiemment dans ma bibliothèque au fur et à mesure de mes découvertes sur les marchés aux puces.

Elliot, il te raconte rien. Tu sais juste qu’il était pasteur avant de mourir.

Ben oui, il est mort.

Trois minutes.

C’est pas beaucoup, mais ça suffit pour te mettre la puce à l’oreille.

Il s’est tué.

Donc il avait une bonne raison.

Sauf que la raison, il te la donne pas.

Moi non plus.

Il ressuscite, donc.

Comme Jésus-Christ, mais on va dire que le parallèle s’arrête là.

Quoique.

Un autre des personnages de Hinkson, c’est Stan. Genre Satan à qui il manquerait une voyelle. Je l’aime bien Stan the Man. Il est juste glauque comme il faut et j’adore ça.

Y a Felicia aussi, l’infirmière qui était là lors de son retour parmi les vivants, qui joue le rôle de la femme fatale, un peu comme dans « Roger Rabitt ».

Tu vois le genre ?

Le flic véreux, son jumeau muet, que des méchants très classiques.

Rien de transcendant donc.

Une vague histoire de braquage ajoutée à tout ça et t’as le bouquin.

Il est court.

Très court.

165 pages.

Le papier est épais, pour faire genre t’en as pour ton fric, mais je suis pas dupe.

Bon.

Pas grave.

Il faut parfois sacrifier quelques euros pour trouver des pépites.

Pas là.

C’est pas une pépite.

Le seul personnage que j’ai aimé vraiment, c’est Three.

C’est son nom.

C’est une fille.

Y a de quoi faire un roman, juste sur elle.

Peut-être que c’est ça qu’il aurait dû faire Jake Hinkson.

Peut-être.

Tu vas sans doute apercevoir des chroniques criant au génie, qui vont te parler de Jim Thompson ou de Flannery O’Connor.

Faut pas déconner quand même.

C’est un bon bouquin.

Efficace.

J’ai aperçu les frères Coen, de temps en temps dans la relation au péché, à la rédemption, à l’histoire humaine et à la religion qui obsède l’Amérique.

C’est déjà pas mal.

Manque des pages.

Sans doute le principal reproche à faire à ce roman.

Manque des pages.

C’est ballot.