Julius Winsome – Gerard Donovan

Julius Winsome – Gerard Donovan

Ça aurait pu commencer comme ça :

« Lorsqu’un chien lève la tête et aboie tout en vous regardant un peu de biais, cela signifie qu’il est d’humeur joueuse et sait que vous le taquinez. […]Avec le temps on devient tous des chiens. »

Parfois, t’as quelqu’un qui te conseille un bouquin. Et parfois, ce quelqu’un il veut être sûr que tu vas le lire, alors il le met dans une enveloppe et il te l’envoie.

Merci Florent.

Une claque. Une pour de vrai. Depuis quelque temps, des livres sympas, mais pas de baffes.

Là, t’en prend une.

Le nature-writer.

Dans le dico, t’as pas de définition, t’as le titre de ce bouquin de Gerard Donovan.

L’histoire de Julius, c’est peut-être celle d’une vengeance. Celle d’une amitié aussi. Cette amitié qui peut parfois unir des êtres d’origine différente.

Julius, il lit.

Tous les jours.

Il a plus de 3 000 bouquins sur ses rayonnages. 3 282, pour être précis, que son père lui a légués, avec son chalet. C’est pas mal. T’en as des chauds, ceux qui sont près du poêle l’hiver, et t’en as des froids, ceux qui sont loin du poêle.

C’est logique.

Au début, tu penses que t’es tombé dans un livre gentillet. Que ça va vite se lire parce qu’il faut que tu le finisses, que t’aimes pas trop laisser tomber un livre commencé.

Tu te goures. C’est juste les dix premières lignes.

Un chef-d’œuvre.

Les descriptions de la nature m’ont fait penser à quelques-unes de celles que tu peux trouver chez territori. Sauf que là, t’es pas chez Cyril. T’es au seuil de la forêt du Maine. Pas le Maine de King. Celui que tu connais pas.

Celui des arbres et de la neige.

Donc, il y a Julius.

Et y a Hobbes.

Pas le philosophe.

Le chien de Julius.

« C’est le premier nom sur lequel on est tombés quand on a choisi un livre au hasard sur l’étagère. C’est donc à une sorte de tirage au sort que Hobbes a du son nom. Ç’aurait pu être tout aussi bien Charles que Hugo, Stevenson que Léviathan, heureusement qu’on n’est pas tombé sur le dernier, à cause des syllabes. »

Un point de détail. Sauf que Hobbes est le philosophe qui a dit que l’homme est un loup pour l’homme…

Mais je te raconte pas, tu liras.

Et puis y a le Lee-Enfield.

C’est un flingue.

Un flingue de sniper anglais que son grand-père a rapporté de la guerre.

Cadeau d’un soldat.

Chouette cadeau.

Son père a dit à Julius qu’« un fusil pouvait tirer sur une boîte de conserve ou sur un président et n’était ni meilleur ni pire que le tireur. »

Quand Julius bascule, t’es sûr qu’il veut se venger d’un type. Un type qui a fait quelque chose qu’il faut pas faire.

D’un type, ou de la vie, peut-être.

De la mort, c’est sûr.

Pourtant c’est pas ça.

Julius, il devient un tueur, et tu comprends ce qui se passe dans la tête de ces types qui vrillent, un matin, parfois sans raison.

Parfois sans haine.

Juste comme ça.

Et c’est pour ça que tu l’aimes Julius.

C’est pour ça que tu marches dans la neige avec lui.

Pour ça aussi que t’espère qu’il va en dégommer d’autres.

Des tas d’autres.

Et puis sur la neige, le sang c’est beau.

Et puis la neige, elle enrobe tout.

Elle cache tout.

Suffit de mettre une couverture blanche sur tes épaules, et tu deviens invisible. Quand t’es invisible, tu peux tout faire.

Et puis vriller, à 51 ans.

Comme ça.

« Si je devais en une phrase résumer ma vie jusque-là, je dirais qu’à un certain moment j’ai vécu dans un chalet durant cinquante et un ans ».

Tu sais que j’aime pas raconter, pas spoiler.

Je t’ai pas parlé des fleurs. Celles qu’il regarde pousser, puis mourir.

Celles qu’il remercie d’être là, de parfumer sa vie.

D’y mettre de la beauté.

« Ceux qui vivent très vieux et ceux qui meurent très jeunes perdent la même chose. Ils n’abandonnent que le présent, puisque c’est tout ce qu’il possède. » Marc Aurèle.

Faut vraiment que t’aille le chercher.

C’est du bonheur pendant quelques heures.

Toujours pas le prix d’un paquet de clopes.

Une dernière chose.

Le lis pas trop vite, tu vas regretter.

Prends ton temps.

Savoure.