Bois – Fred Gevart

Bois – Fred Gevart

Écorce Éditions

« Bois ».

Quand j’ai vu le titre, je me suis dis que j’allais encore me promener dans la forêt.

Forcément.

Collection « Territori » de Cyril Herry, tu te balades dans la campagne.

C’est le but.

La nature, tout ça. Ben non. Si t’as cru ça, toi aussi, t’as faux. Comme moi.

« Bois », c’est comment tu fais pour pas boire, alors que finalement, c’est la seule chose qui te semble importante. Le seul truc qui te permet d’être toi.

Fred Gevart, il a dit :

« Le passage sur l’alcool dans Écriture, j’ai eu envie de le citer. C’est le meilleur moment du bouquin. Il y a là-dedans une sincérité incroyable. Et pendant des années (j’ai dû lire ce livre il y a dix ans) c’est surtout pour ça que je l’enviais… » « Écriture », c’est King. Pas le Roi Lion, l’autre.

Bon. Ça c’est fait. Le livre, maintenant.

Sylvain, il a la belle vie. Il écrit des romans. Déjà, ça, c’est la belle vie. Il est marié avec une chouette fille. Elle s’appelle Marlène. Tu sais, comme dans la chanson.

Mais un jour, il lui tombe un truc sur le coin de la gueule. Je te dis pas, je vais pas spoiler.

Juste, il comprend qu’il en a plus forcément pour très longtemps avec cette belle vie-là. Alors dans le livre, il y a du passé, du présent, et du futur t’espère aussi.

Il y a longtemps, il a eu un accident. Ça aide pas. Il s’est fait coincer dans une prise d’otage. C’était lui l’otage. Deux ans de coma. Du coup, les vingt-huit ans d’avant « l’accident », il les a oubliés. Tout oublié. Il se souvient de que dalle.

Il se souvient juste qu’il aime boire. Vraiment. Sauf que là, il boit plus. Plus une goutte.

Il y a une autre nana dans le roman. Elle s’appelle Sandrine. C’est un genre de déclencheur. Elle déclenche des trucs auxquels il s’attendait pas.

Et puis, y a cette page, tapée à la machine, dont il se souvient même pas qu’il l’a écrite. Sylvain, il a pas de passé. Pas tellement d’avenir non plus.

Fred Gevart, il a osé nous montrer la réalité avec des voix différentes, des regards différents, et des typos différentes. C’était pas gagné.

Le truc, c’est qu’il s’agit de nous emmener précisément où il veut qu’on aille. Pas de flic, pas d’enquête. Juste une piste qui nous aide à suivre la lente descente d’un type qui a l’air d’avoir tout perdu.

Fred (je l’appelle Fred comme si on se connaissait vachement bien), il a dit quelque part qu’il écoute pas de musique quand il écrit. Et pourtant la musique, elle est dans tout le bouquin. Elle est partout. Omniprésente. C’est magique parce qu’elle est dans ta tête (si tu connais les morceaux sinon tu les écoutes avant) et qu’elle t’emmène elle aussi dans des endroits que t’avais oubliés. Tu sais, ces souvenirs qui te reviennent quand t’écoutes un morceau qui te ramène quelques années en arrière. La musique, dans « Bois », elle fait ça.

C’est bien.

On va pas se mentir, c’est pas un roman facile. Si tu crois tomber sur un truc comme ceux dont ils parlent à la télé, c’est pas ça. C’est un roman que tu dois mériter.

Mais il est peut-être temps de se culturer le cerveau, non ?

Un bout du début, pour que tu comprennes :

« Depuis toutes ces années, tu dois faire face, chaque matin, à ce visage laid, à ces lèvres coupées au sécateur, à ces paupières sombres et cartonnées. À ce nez de travers. À peine une ébauche sur le papier d’un peintre. Ton visage. Un putain de chantier. Tu n’as plus qu’à remettre la prothèse en place. »

Tu vois, ça tue.

Il est chez Écorces. Chez Cyrill Herry.

Tu cherches sur internet et tu le commandes.

Tu m’as fait confiance, jusqu’à maintenant ?

Continue.