Incandescences – Ron Rash

Incandescences – Ron Rash

Tu sais comment je fais, quand je trouve un auteur qui me plaît… Je lis. Tout, ou presque tout. Du coup, comme la nouvelle est un art que je trouve malheureusement peu reconnu en France, je me suis penché sur le Ron Rash nouvelliste. Penché, trop sans doute, parce que je suis tombé… Phrases non-verbales (private joke, elle se reconnaîtra) mais malgré ça, des vrais morceaux de vies, douze morceaux de vie.

Ron Rash s’intéresse à toutes les thématiques qui le touchent personnellement. Il parle de sa nature, il parle de l’histoire, il parle de cette violence que l’on trouve chacun des jours de notre vie, celle que tu croises au détour de ta rue ou des faits divers déposés dans les pages de tes journaux. Il parle de cette pauvreté qui nous agresse de plus en plus, à travers les gens que tu aperçois au coin de ta rue, ceux qui regarde toutes les étiquettes avant de saisir le produit le moins cher du rayon, et puis il te parle de la misère sociale. Celle qui oblige, peut-être, ceux qui n’y arrive plus à se foutre dans les veines des produits qui les emportent ailleurs.

Tu sais, l’histoire de cette société qui tombe et qui se répète tout au long de sa chute, « jusque-là, tout va bien… ».

Il te parle de ceux qui tentent de profiter de la misère, et prêtent aux pauvres le peu d’argent dont ils ont besoin pour survivre, moyennant des taux d’intérêt qui passent au-dessus de l’Éverest, et puis il te parle des femmes. Celles qui se battent pour survivre, pour s’offrir, du mieux possible, une vie conforme à celle qu’elles ont rêvée au sortir de leurs enfances.

Alors tu vas croiser Jared et Parson, puis Lily et Marcie. Tu vas les aimer, ou les détester, et c’est sans doute parce que Ron Rash pose ses tripes sur les mots qu’il te donne à lire.

Parfois des histoires presque douces, comme celle de cette femme qui cherche désespérément à croiser le dernier jaguar dont elle sait qu’il est encore là, pas très loin de cher elle, parce qu’elle est sûre de l’avoir vu quand elle était enfant.

Tu vas retrouver, peut-être, des anonymes que tu as croisés, ceux qui refusent d’être aidé, parce qu’ils ont décidé de survivre seuls, parce qu’ils disent non aux aides sociales. Tu vas rencontrer ces paysans qui finissent par se donner la mort, parce que c’est le seul recours qu’ils ont face à une vie tellement difficile qu’elle ne leur semble pas digne d’être vécue. Ceux qui souhaiteraient tellement en finir, mais qui n’osent pas franchir la rivière qui les sépare de l’autre côté.

Alors ces êtres qui n’ont plus rien, plus de terre, plus d’amour, plus d’enfants ou de compagnes, plus de racines auxquelles s’accrocher pour continuer à vivre sur cette terre qui les a vus grandir et essayer de vivre.

Tu vas penser à ceux qui aujourd’hui n’ont plus d’avenir possible, ceux qui, comme dit l’autre, ne peuvent même plus traverser la rue pour aller frapper à une porte. Tu vas te souvenir de ceux à qui tu n’as pas tendu la main, parce que toi aussi, parfois, tu as tendance à fermer les yeux pour ne pas voir.

Une écriture d’une justesse prodigieuse, une écriture qui t’emporte vers les mots des poètes, même si comme moi, tu ne lis presque jamais de poésie.

Et puis tu vas entendre l’amour que Monsieur Rash a pour ces personnages qu’il te donne à rencontrer.

Un morceau d’humanité, un peu de ce que Ron Rash a déposé sur son clavier :

« Et ce que je pense, c’est qu’il est peut-être temps d’interrompre toute reproduction humaine. Que Dieu ou l’évolution ou ce qui a pu nous mettre sur terre reprenne tout de zéro, parce que là, ça ne marche pas. »

C’est clair ?

C’est tout ce que j’ai à dire…