Hével – Patrick Pécherot

Hével – Patrick Pécherot

Série Noire

Mon premier Pécherot.

En ce moment je me fais des premiers. Je te parlerai du premier Ellroy dans pas longtemps. Le premier qu’il a écrit.

Pas aujourd’hui.

Pécherot, c’est Gérard de la maison de la presse du Lavandou qui m’en a causé. Il est de bon conseil… Dans quelques semaines, je te dirai aussi pourquoi je suis souvent avec lui. Pas aujourd’hui, c’est comme un teasing.

Donc, mon premier Pécherot, ça se passe un peu dans un camion. Pas un camion d’aujourd’hui, un camion des années 50. Les années 50, ce sont celles des évènements. Enfin, ce que d’aucuns appelaient « Les évènements ».

Deux potes sont dans ce camion. Deux vrais amis, de ceux qu’ont pas besoin de se causer pour s’aimer. Tu le sais, j’aime bien les taiseux.

Pécherot, c’est juste le contraire de ceux dont je te parle parfois. Ceux qui alignent des phrases comme s’ils étaient à l’école élémentaire. Ben ouais, ils savaient pas encore lire en maternelle. Tu vois de qui je cause ? D’ailleurs, pour certains, ils ont toujours pas appris à écrire, sauf à mettre une recette de cuisine dans la première phrase et imaginer que ça fabrique une histoire.

Les ceusses qui mettent jamais leurs tripes sur le clavier. Les ceusses qui s’imaginent que le nombre de groupies fabrique le talent. Qui oublient que les queues dans les salons sont directement liées à la taille de leur ego, et qui ne signent qu’avec un stylo bien précis. Private joke, comme disent les angliches.

Et là, tu vois de qui je cause ?

T’as eu un exemple il y pas très longtemps de ce que je peux en dire. De ce que je peux en penser aussi, puisque je dis ce que je pense, toujours.

Pécherot, donc.

Hével.

L’histoire racontée par un mec qui a dû apprendre à écrire dans la même classe que Giono. À qui Giono a dû dire « les écoute pas… Écris ! Ceux qui liront et qui pleureront seront ceux pour qui tes histoires sont dites. Les autres, tu t’en fous. »

Je crois.

Tu vas marcher sous la pluie, tu vas les accompagner dans la cabine du camion qui sent le tabac brun parce qu’à l’époque, tu pouvais fumer dans ton camion. Je dis pas c’est mal ou c’est bien. Juste qu’à l’époque, on mentait déjà sur tout, et notamment sur la guerre d’Algérie, celle qui ne disait pas son nom. Tu vas rouler sous la neige et tu vas t’abriter parce que t’auras froid, toi aussi.

Tu vas aimer les cafés dans les bistrots, la nuit est si glaciale dehors…

Il s’appelle Gus. Il y a un type qui lui demande de lui raconter cet hiver 58. Je savais celui de 1954, forcément, à cause du cri du prêtre, mais celui-ci, je connaissais pas.

Le pote de Gus, il s’appelle André. Et André, il décide de prendre un mec pour leur filer un coup de main. Elle est si difficile, leur tournée. Un de plus sera pas de trop.

Sauf qu’il est de trop. Sauf qu’il s’immisce dans cette amitié que Gus partage avec son pote depuis longtemps.

Alors le camion qui titube.

Alors les virages, et les mots dits entre deux cafés arrosés.

Alors les Arabes.

Ben oui, en 1958, les Arabes, c’est l’Ennemi. Et ceux qui font passer de la thune dans des valises pour le FLN, il faut les éliminer. Les flics sont là pour ça. C’est leur job. Un peu comme aujourd’hui… Je déconne.

Pas un peu comme aujourd’hui, les valises, parce qu’aujourd’hui, c’est permis. Enfin je crois aussi, sinon, ils le feraient pas.

L’ennemi, c’est sans doute celui par qui l’histoire arrive dans ce roman. L’ennemi invisible et pourtant là à chaque page, à chaque seconde de cette année 1958.

Tu vas rarement croiser des mots aussi précis. Des mots qui vont te mouiller la figure comme quand tu lisais Villon et que tu sentais la chair des pendus, pourrissante. Quand tu chassais les corbeaux venus caver les yeux des suppliciés.

Hével, c’est l’Ecclésiaste qui l’a dit :

« Tout est vanité et poursuite du vent… »

Sans doute que certains parmi ceux qui nous font de la rédac niveau quatrième devraient s’en inspirer.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.