Bonne année, ils ont dit…

 

C’est le moment, et je sais jamais quoi te dire, à toi, qui est là, parmi les gens, au milieu des autres, et que je ne connais que par ce réseau bizarre, qui te donne l’impression étrange d’avoir un milliard d’amis que tu peux appeler, même au milieu de la nuit, parce que tu vas pas bien et que tu sais pas à qui parler.
Je déconne, je vais pas te téléphoner.
D’ailleurs, j’ai pas ton numéro de téléphone.
T’imagines la gueule de mon répertoire avec tous les gens dedans…
T’imagines si ce réseau était réel, genre boite avec un fil et des vrais gens au bout…
T’imagines si on pouvait s’appeler, pour de vrai, et plus se cacher derrière ces claviers, virtuels ou physiques, pour prendre des nouvelles…
T’imagines ?
« T’as aimé ce bouquin ? Sans déconner ? Bon, je vais le lire et je te rappelle pour te dire ce que j’en ai pensé. »
T’imagines si les enfants que tu me montres, parfois, sur ton mur de Berlin à toi, celui qu’on ne peut pas franchir pour aller de l’autre côté, pour de vrai, leur filer un coup de mains, si ces enfants, tu pouvais les prendre dans tes bras, et les ramener à la maison. Pas les laisser au milieu d’un bidonville qu’on a construit pour eux, au bord de l’eau…
T’imagines si tu pouvais faire un hug à tous ceux que tu croises pour de « pas vrai », leur faire un sourire…
T’imagines tous ces rires que tu ne vois pas, ces larmes que tu ne sens pas couler sur tes joues, parce qu’elles sont celles de quelqu’un d’autre, et qu’il est loin, que tu as juste les images…
T’imagines toutes ces odeurs que tu ne sens pas, ces pluies qui ne tombent pas sur toi, ce soleil qui ne te brûle pas, mais qui empêche les légumes de pousser chez ce môme qui n’a rien à bouffer…
T’imagines ces hommes et ces femmes qui voudraient se donner la main, pour arriver à traverser cette autoroute de merde où on roule comme des dingues sans voir ceux qui restent sur le bord…
Tu y es pas toi, sur l’autoroute ?
T’imagines, si t’étais connecté pour de vrai…
Bonne année, au fait…